vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401319 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Morel, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 17 janvier 2024 par lesquels le préfet de police, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et, d'autre part, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles traduisent un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte pour sa situation personnelle ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale ;
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte pour sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit :
- elle est privée de base légale ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifiait de circonstances exceptionnelles qui faisaient obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation à raison de la durée retenue.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rezard conformément à l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, magistrat désigné ;
- les observations de Me Morel, représentant M. A, et de M. A, présent, assisté de M. E, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 10 décembre 1984, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en mars 2023. Par deux arrêtés du 17 janvier 2024, le préfet de police, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et, d'autre part, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. A en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B D, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, à effet de signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables à la situation de M. A, notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 et 3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte en outre les considérations de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé afin de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre, de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire et de fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par suite, le moyen doit être écarté comme étant infondé.
4. En troisième lieu, si M. A soutient que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une erreur de droit tenant à un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle, cela ne ressort ni de ses motifs, ni des autres pièces du dossier, de sorte que ce moyen doit aussi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. A soutient que ses trois sœurs et son frère résident sur le territoire français, ce qu'il ne justifie au demeurant pas, où son père serait décédé récemment, ces éléments ne sont pas de nature à établir que le préfet de police aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français eu égard au fait qu'il s'avère célibataire, sans charge de famille, et qu'il n'est entré que très récemment en France, au cours du mois de mars 2023. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est susceptible de porter une atteinte d'une particulière gravité à sa situation personnelle. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser une telle atteinte, que la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, dont il ne résulte pas de ce qui précède qu'elle serait illégale, constitue la base légale de la décision par laquelle le préfet de police a refusé un délai de départ volontaire à M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de cette décision doit être écarté comme étant infondé.
9. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "
10. Il est constant que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'y a pas obtenu de titre de séjour. Il ressort par ailleurs du procès-verbal dressé au cours de son audition que l'intéressé ne dispose pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité, n'a pas été en mesure de donner l'adresse précise de son lieu de résidence et a indiqué ne pas pouvoir fournir de justificatif de domicile. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de police a considéré, sur le fondement des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet et lui refuse, en conséquence, sur le fondement du 3° de l'article L. 612-2 du même code l'octroi d'un délai de départ volontaire. Le préfet de police s'est également fondé sur la circonstance que le requérant représentait une menace pour l'ordre public après avoir été " signalé par les services de police " en relation avec des faits de " viol avec administration de substances à son insu afin d'atténuant son discernement ou le contrôle de ses actes par personne en état d'ivresse ", le 16 janvier 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'aucune poursuite n'a été décidée à l'encontre de M. A par le procureur de la République à l'issue de sa garde à vue, de sorte que, comme l'a admis la représentante du préfet de police durant les débats tenus au cours de l'audience publique, l'intéressé ne pouvait être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public à ce titre. Ce motif est donc irrégulier. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur les autres motifs précédemment évoqués. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En troisième lieu, pour les raisons exposées aux points 6 et 7 et en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser une telle atteinte, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. La décision portant obligation de quitter le territoire français, dont il ne résulte pas de ce qui précède qu'elle serait illégale, constitue la base légale de la décision par laquelle le préfet de police a fixé le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être reconduit. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de cette décision doit être écarté comme étant infondé.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
14. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois est motivée par la triple circonstance, d'une part, que M. A représente une menace pour l'ordre public eu égard aux faits de viol pour lesquels il a été " signalé " par les services de police, d'autre part, qu'il est entré en France le 4 janvier 2023 et, enfin, qu'il s'avère célibataire et sans enfant. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 10, les faits mentionnés dans la décision attaquée, qui ont été estimés insuffisants par le procureur de la République pour engager des poursuites pénales contre l'intéressé, ne permettent pas de considérer qu'il représente une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il est constant que l'intéressé ne s'est jusqu'alors jamais soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement et n'est pas dépourvu de tout lien sur le territoire français, où résident ses trois sœurs et son frère. Dans ces conditions, en retenant la durée maximale de trois ans, le préfet de police a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 qui lui a fait interdiction de retour sur le territoire français, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur ses autres moyens dirigés contre cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. L'annulation de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour à M. A. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction qu'il a présentées ne peuvent qu'être rejetées.
17. A toutes fins utiles, il est toutefois rappelé au préfet de police qu'il résulte des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement de M. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 janvier 2024 du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.
Lu en audience publique le 2 février 2024.
Le magistrat désigné,
A. Rezard
La greffière,
D. Migeon
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/ 8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026