vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401324 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, M. E D, représenté par Me Morel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles traduisent un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte pour sa situation personnelle ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existait aucun motif de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- il dispose de garanties de représentation ;
Sur la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 251-4 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elles comportent pour sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rezard conformément à l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, magistrat désigné ;
- les observations de Me Morel, représentant M. D, et de M. D, présent, assisté de Mme A, interprète en langue polonaise, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant polonais, né le 13 janvier 1970, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 5 mai 2000. Par arrêté du 17 janvier 2024, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. D en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière et signataire de l'arrêté attaqué, à effet de signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables à la situation de M. D, notamment les articles L. 251-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte en outre les considérations de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé afin de lui faire obligation de quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et de lui interdire de circuler sur le territoire français. Par suite, le moyen est infondé et doit être écarté.
4. En troisième lieu, si M. D soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit tenant à un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle, cela ne ressort ni de ses motifs, ni des autres pièces du dossier, de sorte que ce moyen doit aussi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, en vertu de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut obliger les étrangers qui disposent de la citoyenneté de l'Union européenne " à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : () / 2° Ils disposent () de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () "
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est motivée, d'une part, par la double circonstance que M. D constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et, d'autre part, qu'il ne justifie pas d'un droit au séjour en France faute de disposer de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour l'assurance maladie et d'une assurance maladie. Si, s'agissant du premier motif, la décision attaquée indique que l'intéressé a été " signalé par les services de police " le 15 janvier 2024 en relation avec des faits de " violence volontaire avec ITT inférieure à 8 jours avec arme par auteur ivre, menaces de mort et port sans motif légitime d'arme de catégorie D ", ce pour quoi le requérant indique se trouver sous contrôle judiciaire, cette circonstance n'est pas à elle seule de nature à établir qu'il constitue une menace réelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, dans la mesure où l'intéressé conteste l'imputabilité de ces faits et où les violences et menaces sont demeurées isolées. Ce motif est par conséquent irrégulier. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le motif, dont le bien-fondé n'est pas contesté par le requérant, tiré de ce qu'il ne justifiait plus d'un droit au séjour en vertu de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute de disposer de ressources suffisantes et d'une assurance maladie. Dès lors, le moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, M. D soutient que la décision attaquée est susceptible de comporter des conséquences d'une particulière gravité à sa situation personnelle. Toutefois, la seule circonstance, qu'il n'établit au demeurant pas, selon laquelle il aurait résidé pendant vingt-quatre ans sur le territoire français ne permet pas, en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser une telle atteinte, de regarder la décision attaquée comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle. Le moyen doit par conséquent être écarté comme étant infondé.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence () "
9. La décision par laquelle un délai de départ volontaire a été refusé est motivée par le fait qu'il représente un risque pour l'ordre public. Toutefois, sauf à démontrer qu'il en résulterait une situation d'urgence, un tel motif, au demeurant infondé, ne peut justifier par lui-même la privation du délai de départ volontaire dont sont assorties les mesures d'éloignement prises à l'encontre des citoyens européens. Par suite, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre du requérant ne pouvait pas être régulièrement adoptée sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais seulement sur celui du 1° du même article, ce qui ne permettait pas au préfet de police de l'assortir d'une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 en tant qu'il lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. L'annulation des décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. D demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 janvier 2024 du préfet de police est annulé en tant qu'il refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire et porte interdiction de circulation sur le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de police.
Lu en audience publique le 2 février 2024.
Le magistrat désigné,
A. Rezard
La greffière,
D. Migeon
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/ 8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026