jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401332 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, M. laurent B, représenté par Me Legrand, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la maire de Paris ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux n° DP0751132V0129 de la société SFR pour l'implantation de six antennes au sein d'un relais de radiotéléphonie mobile existant en toiture-terrasse et l'installation de modules radio et de deux sauts-de-loup au 40, boulevard Auguste Blanqui à Paris dans le 13ème arrondissement ainsi que celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux la décision de non-opposition ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée ; les travaux ont commencé ;
- des moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée : les dispositions des articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme ont été méconnus ; le dossier de déclaration préalable est incomplet ; l'architecte des bâtiments de France, l'inspection générale des carrières et le maire d'arrondissement n'ont pas été saisis ; l'article UG 11.1 du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ont été méconnus ; l'article 5 de la charte de l'environnement a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la société SFR, représentée par Me Bidault, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. B ne justifie de son intérêt à agir ;
- l'urgence n'est pas avérée ; les travaux sont achevés et ne présentent pas, en tout état de cause de caractère irréversible ; la suspension de la décision en litige aurait pour effet de faire obstacle à l'intérêt public découlant de la couverture du territoire de la ville de Paris ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la ville de Paris conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête en annulation est tardive, ce qui entraîne l'irrecevabilité de la requête aux fins de suspension ;
- l'urgence n'est pas avérée ;
- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 91-467 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la copie de la requête en annulation dirigée contre la décision implicite par laquelle la maire de Paris ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux n° DP0751132V0129 de la société SFR.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Legrand, représentant M. B, de Me Gorse, représentant la ville de Paris et de Me Bidault, représentant la société SFR.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible et, par suite, lorsque la suspension d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
3. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'extrait cartoradio produit par la société SFR que les antennes-relais autorisées par la décision en litige sont installées et en service depuis le 15 décembre 2023. En outre, la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile présente un intérêt public et aucun élément au dossier n'est de nature à valider l'hypothèse de risques pour la santé publique pouvant résulter de l'exposition du public aux champs éléctromagnétiques émis par les antennes relais de ce réseau. Dans ces circonstances, et alors que la présomption prévue par les dispositions précitées de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme est renversée, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut plus être regardée comme remplie.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ainsi que sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
5. M. B étant partie perdante, les conclusions qu'il présente au titre des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B les sommes demandées par la ville de Paris et la société SFR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la ville de Paris et la société SFR sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. laurent B, à la ville de Paris et à la société SFR.
Fait à Paris, le 1er février 2024.
Le juge des référés,
M.-O. Le Roux
La greffière,
F. Rajaobelison
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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