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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401342

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401342

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401342
TypeDécision
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantLOISON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier et le 1er mars 2024, M. A C B, représenté par Me Loison, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures ;

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai et de réexaminer sa situation après avoir recueilli l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

-l'arrêté est entaché d'incompétence ;

-il n'est pas suffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement en France ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le principe du respect des droits de la défense a été méconnu ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

-par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français qui est entachée d'illégalité ;

-elle n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que

-il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

-aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dousset, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dousset,

- et les observations de Me Loison, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B, ressortissant béninois né le 4 juillet 1969 à Abidjan, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'obligation de quitter le territoire français attaquée indique que M. B est entré irrégulièrement en France le 24 mars 2016 et qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, le requérant établit être entré en France sous couvert d'un visa et avoir sollicité un titre de séjour, demande qui a fait l'objet d'une décision de refus le 29 juin 2020, ainsi qu'il l'a indiqué lors de son audition par les services de police le 16 janvier 2024. En outre, M. B a également indiqué à cette occasion qu'il souffrait de problèmes graves de santé et, en particulier, qu'il avait une prothèse à l'œil droit et qu'il souffrait notamment de tuberculose et il produit à l'appui de sa requête des documents médicaux démontrant qu'il bénéficie d'un suivi régulier avec différents praticiens, cardiologue, néphrologue, rhumatologue, ophtalmologue, interniste, en France. Il est constant que malgré ces déclarations la préfète du Val-de-Marne ne s'est pas assurée que l'état de santé de M. B ne faisait pas obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. B doit être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 16 janvier 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, qui sont dépourvues de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

5. Le présent jugement implique que la situation de M. B soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B, qui a été assisté par une avocate commise d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté du 16 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pendant une durée de deux ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B, de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

La magistrate désignée,

A. DOUSSET

La greffière,

N. PAREWYCK

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3

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