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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401347

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401347

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401347
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, M. C B A, représenté par Me Rochiccioli, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, en cas de rejet définitif de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement la somme.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence se présume s'agissant d'un refus de renouvellement de carte de séjour et dès lors que la décision fait obstacle à la poursuite de sa vie privée et professionnelle en France.

Sur le doute sérieux :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les droits de la défense ;

- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il a obtenu l'avis favorable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faite naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 janvier 2024 sous le numéro 2401349/1 par laquelle M. B A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Caillieu-Helaiem, greffière d'audience, M. Rohmer a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sainte Fare Garnot, substituant Me Rochiccioli, représentant M. B A, présent, qui reprend et développe ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité colombienne est né le 26 octobre 1990 et est entré en France en 2001 selon ses déclarations non contredites. A sa majorité, il s'est vu délivrer des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dont le dernier était valable du 23 novembre 2017 au 22 novembre 2021. M. B A en a sollicité le renouvellement le 23 mars 2022 sur le fondement de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 décembre 2023, le préfet de police de Paris, malgré un avis favorable de la commission du titre de séjour rendu le 11 décembre 2023, a refusé de renouveler son titre de séjour. M. B A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission provisoire de M. B A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

5. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. B A vit en France depuis l'âge de onze ans avec sa mère et son frère, qui sont en situation régulière, et que l'intéressé a bénéficié de plusieurs titres de séjour dont le dernier a expiré en novembre 2021. Le requérant justifie d'une activité professionnelle et de liens familiaux en France. Le préfet de police de Paris, qui a refusé de renouveler son titre de séjour, en dépit d'un avis favorable de la commission du titre de séjour en date du 11 décembre 2023, ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence dont peut bénéficier le requérant en application du principe rappelé au point 4. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :

6. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".".

7. Pour rejeter, sur le fondement des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B A, en dépit de l'avis favorable de la commission du titre de séjour émis le 11 décembre 2023, le préfet a estimé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, au regard de condamnations dont il avait fait l'objet et des faits pour lesquels il était défavorablement connu des services de police.

8. Eu égard, d'une part, à l'ancienneté de la vie privée et familiale en France de l'intéressé, de son insertion professionnelle et des attestations qu'il produit relatives à son comportement, d'autre part, à l'ancienneté des faits pour lesquels il a été condamné et à l'absence d'éléments relatifs aux faits reprochés n'ayant pas conduit à une condamnation pénale, le moyen tiré de ce que le préfet, en considérant qu'il constituait une menace pour l'ordre public de nature à justifier le refus de renouvellement de son titre de séjour, a commis une erreur d'appréciation, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision litigieuse.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte

10. La suspension prononcée implique seulement que le préfet de police de Paris réexamine la demande de M. B A, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans le délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rochiccioli, conseil de M. B A, d'une somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en l'absence d'obtention définitive de l'aide juridictionnelle, le versement de cette somme directement à M. B A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 18 décembre 2023 du préfet de police de Paris est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la demande de M. B A, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera Me Rochiccioli, conseil de M. B A, la somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en l'absence d'obtention définitive de l'aide juridictionnelle, le versement de cette somme directement à M. B A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A, à Me Rochiccioli et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressé au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 2 février 2024.

Le juge des référés,

B. ROHMER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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