mercredi 24 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401419 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2024, Mme C G A, représentée par Me Djemaoun, agissant en son nom personnel et au nom de son fils M. F A, demandent aux juges des référés, saisis sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre, à titre principal, à la Ville de Paris de les prendre effectivement en charge dans un hébergement d'urgence pérenne, adapté et assorti d'un accompagnement social, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 222-5 ou 3° de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de les prendre en charge dans un hébergement d'urgence conformément aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'administration destinataire de l'injonction la somme de
1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'elle est dans une situation d'extrême vulnérabilité, sans ressources financières, vivant à la rue avec son enfant mineur d'un an en dépit d'appels nombreux et réguliers depuis plusieurs mois au " 115 " ;
- la carence de la Ville de Paris dans l'exercice de sa mission de prise en charge des mères isolées avec un enfant de moins de trois ans prévue par le code de l'action sociale et des familles, qui n'est pas exclusive de la mission générale de l'Etat d'assurer un hébergement d'urgence, porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la carence de l'Etat est caractérisée et porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au principe de la dignité de la personne humaine, au droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants et au droit à l'hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la carence de l'Etat n'est pas établie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E, M. D et M. B pour siéger en formation de jugement statuant en référé en application du troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 22 janvier 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Djemaoun, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et précise qu'au mois de décembre 2023 elle a été en partie hébergée par une tante avec laquelle la situation s'est rapidement dégradée et que le père de son enfant est venu brièvement en France à l'occasion des fêtes de Noël afin de le reconnaître mais est reparti au Sénégal où il réside, ce qui fait que tant l'urgence que la carence sont caractérisées, que le " 115 " est le seul moyen d'alerter l'Etat et la Ville de Paris d'une situation d'hébergement d'urgence, et qu'il n'en existe pas d'autres, qu'à supposer qu'une adresse électronique existe s'agissant de la Ville de Paris, elle ne serait pas accessible au plus grand nombre, et que lorsque la direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (DRIHL) est saisie électroniquement, elle invite à former un recours en référé devant le tribunal administratif, ce qui rend ineffectif cette voie ;
- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens et précise que le service d'intégration d'accueil et d'orientation (SIAO) joint par le " 115 " gère l'hébergement d'urgence relevant de la responsabilité de l'Etat, que ce choix est privilégié car les services de l'aide sociale à l'enfance de la Ville de Paris ne sont pas joignables, mais qu'il incombait aux travailleurs sociaux suivant la requérante de faire les diligences pour les saisir, que l'Etat n'a jamais connaissance des situations individuelles particulières par l'intermédiaire du " 115 " et qu'il existe une adresse électronique pour joindre la DRIHL en urgence afin que les personnes les plus vulnérables se signalent.
Au cours de l'audience, la présidente de la formation de jugement a effectué une mesure d'instruction pour demander à l'avocat du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de produire d'ici le mardi 23 janvier 2024 à 10 heures, les modalités par lesquelles, par-delà le recours au 115, le préfet était susceptible d'être saisi des situations individuelles des personnes les plus vulnérables, pour lesquelles le besoin d'un hébergement d'urgence était manifeste, l'adresse notamment électronique dédiée éventuelle, les éléments nécessaires à fournir et le délai de réponse indicatif.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au mardi 23 janvier 2024 à 12 heures.
Par une ordonnance du 22 janvier 2024, une mesure d'instruction a été adressée à la Ville de Paris pour lui demander de produire, d'ici le mardi 23 janvier 2024, 10 heures, les éléments suivants :
-indiquer si la Ville de Paris est informée de la situation des demandeurs d'hébergement entrant dans le champ d'application du 4° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, du seul fait de leurs appels au 115 ou, le cas échéant, si d'autres modalités d'information existent, notamment par le biais d'une adresse électronique ;
-dans cette dernière hypothèse, quels sont les justificatifs nécessaires à la Ville de Paris pour décider l'orientation des demandeurs et dans quel délai indicatif, cette orientation est-elle susceptible d'être réalisée '
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, la Ville de Paris conclut au non-lieu à statue sur la requête.
Elle soutient que Mme A est hébergée avec son enfant par le Samu social de Paris depuis le 22 janvier 2024.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 23 janvier 2024, Mme A demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 1 200 euros au bénéfice de
Me Djemaoun, son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administration ou à son bénéfice en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que le non-lieu ne saurait rendre sans objet les conclusions présentées au titre des frais liés au litige dès lors qu'elle n'a appris son hébergement que postérieurement à l'audience.
Par un courrier enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a adressé au tribunal une réponse à la mesure d'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Mme A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils mineur, né le 5 septembre 2022, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre, à titre principal, à la Ville de Paris ou à titre subsidiaire au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, de la prendre en charge ainsi que son enfant mineur, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
3. Postérieurement à l'enregistrement de sa requête, Mme A a été hébergée par le Samu social de Paris. Ses conclusions aux fins d'injonction ont donc perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés au litige :
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 800 euros à verser à Me Djemaoun en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où Mme A ne serait pas admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête de Mme A.
Article 3 : La Ville de Paris versera une somme de 800 euros à Me Djemaoun en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où Mme A ne serait pas admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C G A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me Djemaoun.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et à la Ville de Paris.
Fait à Paris, le 24 janvier 2024.
Les juges des référés,
K. E H. D B. B
La République mande et ordonne la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/9