vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401485 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 et 22 janvier 2024, M. E A, représenté par Me Morel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai d'une semaine et dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles traduisent un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elles comportent pour sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-167 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rezard conformément à l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, magistrat désigné ;
- les observations de Me Morel, représentant M. A, et de M. A, présent, assisté de Mme B, interprète en langue roumaine, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et invoque un moyen nouveau tiré l'absence d'urgence justifiant le refus d'un délai de départ volontaire ;
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant roumain, né le 6 janvier 1973, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2022. Par arrêté du 19 janvier 2024, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. A en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière et signataire de l'arrêté attaqué, à effet de signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables à la situation de M. A, notamment l'article L. 251-1 et L. 251-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte en outre les considérations de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé afin de lui faire obligation de quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et de lui interdire de circuler sur le territoire français. Par suite, le moyen est infondé et ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, si M. A soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit tenant à un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle, cela ne ressort ni de ses motifs, ni des autres pièces du dossier, de sorte que ce moyen doit aussi être écarté.
5. En quatrième lieu, si le requérant soutient que les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle, il n'apporte pas d'élément à l'appui de ces allégations. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé entretiendrait des liens familiaux ou amicaux sur le territoire français ou y exercerait une activité professionnelle. Ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés comme étant infondés.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence () "
7. La décision par laquelle un délai de départ volontaire a été refusé à M. A est motivée par le fait qu'il représente un risque pour l'ordre public. Toutefois, sauf à démontrer qu'il en résulterait une situation d'urgence, un tel motif, ne peut justifier par lui-même la privation du délai de départ volontaire dont sont assorties les mesures d'éloignement prises à l'encontre des citoyens européens. Par suite, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Si le requérant soutient que la décision attaquée méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, de sorte que son moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut () obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () " Aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " En vertu de l'article L. 251-6, est applicable à l'interdiction de circulation sur le territoire français le sixième alinéa de l'article L. 251-1, aux termes duquel : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "
10. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français de M. A est notamment motivée par la circonstance qu'il constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, dans la mesure où il a été " signalé par les services de police " le 18 janvier 2024 en relation avec des faits de " violence volontaire sans ITT sous l'emprise de l'alcool sur un agent d'un exploitant de réseaux de transport public de voyageurs et rébellion ". Il ressort des pièces du dossier qu'après que l'intéressé aurait été surpris, en état d'ébriété, en train d'uriner dans les couloirs du métro, celui-ci aurait levé le poing face à un agent et lui aurait craché dessus. Pour condamnables qu'ils soient, ces faits, à les supposer établis, ne sont pas de nature à établir, à eux seuls, que M. A constituerait une menace réelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, dans la mesure notamment où ils s'avèrent isolés. L'intéressé est donc fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement à ce titre et dès lors que la décision par laquelle il lui a été interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trente-six est entaché d'illégalité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 en tant qu'il lui a refusé un délai de départ volontaire et fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. L'annulation des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de circulation sur le territoire français n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 janvier 2024 du préfet de police est annulé en tant qu'il refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire et porte interdiction de circulation sur le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police.
Lu en audience publique le 2 février 2024.
Le magistrat désigné,
A. Rezard
La greffière,
D. Migeon
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/ 8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026