lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401717 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, Mme A D, agissant au nom de son fils mineur M. B D, représentée par Me Funck, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de police de fixer un rendez-vous à son fils, M. B D, en vue de lui délivrer un document de voyage dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence de sa situation est avérée dans la mesure où, en l'absence de document de circulation pour étranger mineur, son fils ne peut pas se rendre en Biélorussie pour justifier de sa résidence en France alors qu'il est convoqué pour son recensement militaire ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à son droit à un recours effectif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'extrême urgence de la situation n'est pas démontrée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 26 janvier 2024 en présence E Depousier, greffière d'audience, Mme Dhiver a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Funck, avocate E D, qui fait état de ce qu'elle a été convoquée à la préfecture de police le 26 janvier 2024 matin avec son fils mais qu'aucun document de circulation pour étranger mineur n'a été remis à ce dernier ;
- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, avocat du préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. Le fils mineur E Mme D, M. B D, ressortissant biélorusse né le 4 avril 2007, réside en France avec sa mère depuis 2011. Le 3 mai 2017, il a été mis en possession d'un document de circulation pour étranger mineur, valable jusqu'au 2 mai 2022. Le renouvellement de ce document lui a été refusé au motif que la carte de séjour pluriannuelle de sa mère arrivait à expiration le 13 septembre 2022. Mme D a sollicité le renouvellement de son propre titre de séjour et a ensuite tenté à plusieurs reprises, sans succès, de renouveler sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour son fils sur le site de l'Administration numérique pour les étrangers en France. Par un jugement n° 2313176 du 22 décembre 2023, le tribunal a annulé la décision implicite du préfet de police refusant de renouveler le titre de séjour pluriannuel E D qui lui avait été précédemment délivré en qualité de conjointe d'un ressortissant français et, par ce même jugement, a enjoint au préfet de police de délivrer à Mme D une carte de séjour pluriannuelle. Mme D et M. D ont été convoqués en préfecture le 26 janvier 2024 en vue de déposer une nouvelle demande de document de circulation pour étranger mineur pour M. D. Aucun document n'a été remis aux intéressés lors de ce rendez-vous. Mme D, qui agit au nom de son fils mineur, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à son fils un document lui permettant de se rendre en Biélorussie et de revenir en France.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que M. D, qui est âgé de 16 ans, a été convoqué une première fois le 12 avril 2023 par les autorités biélorusses en vue de son recensement militaire. Ne disposant pas de document lui permettant de revenir en France et craignant un enrôlement forcé, il ne s'est pas rendu en Biélorussie, ni à la date de la convocation ni ultérieurement. Par un courrier du 8 janvier 2024, M. D a été à nouveau convoqué devant les autorités militaires biélorusses le 11 janvier suivant. Ce même courrier informe l'intéressé qu'à défaut de se présenter, il est susceptible de faire l'objet de poursuites en Biélorussie. Alors que M. D reste dans l'impossibilité de se rendre en Biélorussie, la gravité des conséquences pour lui de sa non présentation à très court terme devant les autorités militaires biélorusses justifient que la condition d'urgence particulière posée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative soit, dans les circonstances de l'espèce, regardée comme remplie.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; / () ".
5. Il résulte de l'instruction que, par son jugement n° 2313176 du 22 décembre 2023, le tribunal a enjoint au préfet de police de délivrer à Mme D une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de deux mois. Quand bien même Mme D n'a pas encore été mise en possession de ce titre de séjour, l'exécution du jugement du tribunal implique nécessairement la délivrance du titre. Dans ces conditions et alors que, comme il a été dit au point 2 ci-dessus, la délivrance à M. D d'un document lui permettant de se rendre en Biélorussie et de revenir en France présente un caractère d'urgence particulière, le préfet de police, en refusant lors du rendez-vous en préfecture du 26 janvier 2024 de munir l'intéressé d'un document de circulation pour étranger mineur, a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de police, de délivrer à M. D un document de circulation pour étranger mineur d'une durée de validité de trois mois, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B D un document de circulation pour étranger mineur d'une durée de validité de trois mois, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 29 janvier 2024.
La juge des référés,
M. Dhiver
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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