mardi 8 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401751 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite de cessation des conditions matérielles d'accueil, prise par l'office français de l'immigration et de l'intégration, née le 8 décembre 2023 ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même en cas de rejet de l'aide juridictionnelle demandée.
M. A soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un débat contradictoire ;
- elle méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise sur la base d'un entretien de vulnérabilité mené par un agent non qualifié ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte atteinte au droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 15 février 2024.
Par un courrier du 5 mars 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant insusceptibles de s'appliquer dès lors que les conditions matérielles d'accueil ont cessé à la date du transfert de M. A vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il doit ainsi être regardé comme ayant déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile au sens de l'article L. 551-15 du même code, d'autre part, de ce que le tribunal est susceptible de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les dispositions de l'article L. 551-15 de ce code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2025, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan, né le 8 novembre 1996, a présenté une demande d'asile le 6 juin 2023, enregistrée en procédure " Dublin " et a accepté le 7 juin 2023 l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 26 octobre 2023, le préfet de police a décidé son transfert vers la Croatie, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. A son retour en France, M. A s'est une nouvelle fois rendu en préfecture pour y déposer une demande d'asile, qui a été enregistrée en procédure " Dublin " le 22 novembre 2023. Par un courrier du
23 novembre 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Dans ce courrier, l'office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. A qu'à défaut pour lui de faire parvenir ses observations dans un délai de 15 jours, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendrait définitive. Par une décision du 4 janvier 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A qui demande l'annulation de la décision implicite de cessation des conditions matérielles d'accueil née le 8 décembre 2023, doit être regardé comme dirigeant ses conclusions en annulation contre la décision du 4 janvier 2024 qui s'y est substituée.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". L'intéressé ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code dans sa rédaction applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
4. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont pris fin du fait de l'exécution d'un arrêté de transfert, il appartient à l'OFII de statuer sur la nouvelle demande d'octroi présentée par le demandeur lors de l'enregistrement d'une demande d'asile ultérieure, en appréciant la situation particulière du demandeur à la date de la demande d'octroi, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, de son comportement.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été effectivement transféré vers la Croatie en exécution de l'arrêté de transfert pris par le préfet de police le 26 octobre 2023. Revenu en France, M. A a de nouveau sollicité l'asile le 22 novembre 2023 et le lendemain, l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de cesser ses conditions matérielles d'accueil. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, cette nouvelle demande, qui a été enregistrée en " procédure Dublin ", est assimilable à une demande de réexamen au sens du 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, alors qu'une demande de réexamen de demande d'asile n'est pas au nombre des cas de cessation figurant à l'article L. 551-16 de ce code, l'office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait pas mettre en œuvre la procédure de cessation des conditions matérielles d'accueil prévue à cet article. Dans ces conditions, en décidant de la cessation des conditions matérielles d'accueil de M. A le 4 janvier 2024 pour non-respect de ses obligations dans le cadre de la procédure Dublin antérieure à son transfert, l'office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision du 4 janvier 2024 doit être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
7. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'introduction de la requête, la demande d'asile de M. A a été enregistrée en procédure normale le 5 septembre 2024 puis rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 20 février 2025. Par suite, l'exécution du présent jugement implique, sous réserve de tout changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration réexamine la situation de M. A en tenant compte de la période durant laquelle sa demande d'asile a été enregistrée par les autorités françaises en procédure normale. Il lui est enjoint d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me David, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le versement à ce dernier d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision implicite du 4 janvier 2024 de l'office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en tenant compte de la période durant laquelle sa demande d'asile a été enregistrée par les autorités françaises en procédure normale.
Article 4 : L'office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me David, avocat de M. A, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me David et au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
Mme Merino, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2025.
La rapporteure,
Signé
M. MERINO
Le président,
Signé
J.-Ch. GRACIA La greffière,
Signé
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026