mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401872 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Orhant, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement refusé de le rétablir dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, de manière rétroactive à compter de la demande rétablissement, et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, dans un délai de 3 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1500 euros, en application des articles L. 761-1 du Code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il y a urgence, dès lors qu'il ne dispose d'aucune ressource, qu'il ne perçoit plus l'allocation de demandeur d'asile, qu'il ne peut travailler et qu'il a une santé fragile.
Sur le doute sérieux :
- il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le
27 septembre 2023 ; le silence de l'administration pendant deux mois a fait naitre une décision implicite de refus dont il a demandé la communication des motifs le 4 décembre 2023 ; faute d'y avoir répondu, la décision attaquée est entachée de défaut de motivation, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée de vice de procédure, faute pour l'administration de démontrer avoir procédé à un entretien préalable portant sur sa vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision a méconnu les droits de la défense, en méconnaissance de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit, au regard du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'était pas en situation de fuite, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et sur son état de santé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée sous le numéro 241873 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vidal, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 23 mai 1999, après avoir sollicité une première fois l'asile en France le 22 septembre 2021 et fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Autriche dans le cadre de la procédure dite Dublin, a introduit une nouvelle demande d'asile le
25 septembre 2023 et a été mis en possession d'une attestation de demandeur d'asile valable jusqu'au 24 juillet 2024 dans le cadre de la procédure normale. Par un courriel du
27 septembre 2023, il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par un courriel du 4 décembre 2023, il a demandé à l'OFII de lui communiquer les motifs de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'administration pendant deux mois suite à sa demande du 27 septembre 2023. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de refus.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de référé :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Aux termes de l'article R. 611-7 dudit code : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations sur le moyen communiqué ". En vertu de l'article R. 522-10 : " Lorsqu'il est fait application de l'article L. 522-3, les dispositions des articles R. 522-4, R. 522-6 et R. 611-7 ne sont pas applicables. "
4. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
5. M. A n'établit ni n'allègue avoir formé auprès du directeur général de l'OFII un recours administratif préalable obligatoire, avant de saisir le tribunal de céans d'une demande d'annulation contre la décision implicite de refus née du silence gardé pendant deux mois par l'administration suite à sa demande formée le 27 septembre 2023 tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, la requête en annulation dirigée contre cette décision est manifestement irrecevable. Par voie de conséquence, la requête tendant à la suspension de l'exécution de cette décision est également irrecevable.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. B A et à Me Orhant.
Fait à Paris, le 30 janvier 2024.
La juge des référés,
S. VIDAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1