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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401875

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401875
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 7 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Gerard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 5 100 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à la reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, qui n'a pas produit d'observation.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2024 .

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Claux en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claux a été entendu au cours de l'audience publique.

- et les observations de Me Gerard, avocat de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré et des pièces produites pour Mme A, ont été enregistrées le 4 février 2025.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l'évolution de la composition du foyer au cours de cette période.

2. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 2 juin 2022 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle était " dans un logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou enfant mineur à charge ou vous êtes handicapée ". En outre, par une ordonnance n°2226855/5-1 du 21 mars 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de reloger Mme A sous astreinte de 300 euros par mois à compter du 1er juin 2023. Or, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à Mme A un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation, ni d'avantage exécuté l'ordonnance lui enjoignant d'assurer le relogement de l'intéressée. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 2 décembre 2022 à l'égard de Mme A.

3. D'autre part, il résulte également de l'instruction que Mme A a été relogée le 6 mai 2024 dans un logement correspondant à ses besoins et capacités.

Sur le préjudice :

4. Il résulte de l'instruction que jusqu'au 6 mai 2024, date de son relogement, Mme A, a vécu avec son mari et son enfant né le 30 juin 2019, place Clichy dans le 17ème arrondissement de Paris dans un logement sur-occupé d'une surface de 20,9 m2. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'antérieurement à la décision de la commission de médiation et à la période de responsabilité de l'Etat, cet appartement était affecté de problèmes d'humidité et d'électricité et que le tribunal judiciaire de Paris, par un jugement du 25 novembre 2022, tout en condamnant l'intéressée à verser à son bailleur la somme de 10 642, 98 euros d'arriérés de loyers et en lui ordonnant de libérer les lieux, a reconnu la réalité de ces troubles et leur imputation au bailleur et a condamné ce dernier à verser à la requérante la somme de 4 250 euros en réparation de son trouble de jouissance. Il résulte de l'instruction, notamment du jugement précité, que des travaux ont ensuite été réalisés dans le logement mais que des problèmes d'humidité et de moisissures ont persisté. Compte tenu des conditions de logement de la requérante qui ont perduré du fait de la carence de l'État jusqu'à son relogement, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme A, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par la requérante dans ses conditions d'existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 1 700 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A une somme de 1 700 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Gérard

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

JB. ClauxLa greffière,

Signé

I. Trieste

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

2/4-

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