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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401993

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401993

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401993
TypeDécision
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, M. C, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision implicite de l'Office française de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce depuis leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie car la décision le place dans une situation de précarité extrême, qu'il n'a aucune ressource financière, qu'il souffre de diverses pathologies médicales nécessitant un traitement médical lourd et qu'il ne saurait être regardé comme s'étant lui-même placé dans la situation d'urgence invoquée dès lors qu'il a été contraint de refuser le logement proposé situé au sixième étage sans ascenseur du fait de problèmes respiratoires incompatibles avec un tel effort quotidien ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée en ce que :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ou de mauvaise prise en considération et d'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené à l'entretien de vulnérabilité ;

- la décision attaquée a été adoptée en application de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile qui est illégal ;

- la situation personnelle et familiale du requérant n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 511-16 et R. 551-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'OFII ne pouvait pas procéder à la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil dès lors qu'il a quitté le logement le jour même de sa sortie de son hébergement et qu'il justifiait d'un motif légitime relatif à son état de santé ;

- le retrait total des conditions matérielles d'accueil est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dans la mesure où le requérant s'est lui-même placé dans une situation d'urgence en refusant le logement proposé, qu'il n'établit pas que son état de santé était incompatible avec le logement proposé ni être actuellement dépourvu de ressources ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 26 janvier 2024 sous le n° 2401995 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Ladreyt pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2024, en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Ladreyt ;

- et les observations de Me de Sèze, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 1er octobre 1975 à Kubaloluwa au

Sri Lanka, a demandé l'asile en France le 30 aout 2023 auprès du préfet de police.

Le 4 septembre 2023, l'OFII lui a proposé un hébergement au sein du CAES à Clermont-Ferrand qu'il a accepté. Le 8 septembre 2023, il a signé une attestation sur l'honneur indiquant refuser son orientation au CAES de Clermont-Ferrand en raison de soucis de santé. Par un courriel en date du 16 novembre 2023, il a demandé à l'OFII le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre la décision implicite de l'Office française de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétence ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de référé :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. M. B a signé le 8 septembre 2023 une attestation sur l'honneur indiquant refuser la proposition de logement, être informé des conséquences de cette décision sur le maintien des CMA et pouvoir être hébergé chez un ami en région parisienne. S'il fait valoir que le document lui a été présenté sans avoir été traduit, il ne le démontre pas. Par ailleurs, ses allégations sont contredites par les mentions de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil daté du 4 septembre 2023, document par lequel M. B a reconnu avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, et alors qu'il a indiqué pouvoir être hébergé chez un ami en région parisienne, il ne peut valablement soutenir que la suspension litigieuse le place dans une situation d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas satisfaite. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, les conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Sèze.

Fait à Paris, le 28 février 2024.

Le juge des référés

J-P. LADREYT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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