vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2402021 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET DRAI ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, Mme E D, M. F C et M. B A, représentés par Me Margaroli, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles la maire de la Ville de Paris a décidé d'organiser une " votation citoyenne " le 4 février 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions attaquées, soit la décision du 14 novembre 2023 par laquelle la maire de la Ville de Paris a décidé de recourir à une procédure de consultation des électeurs de la Ville de Paris, la décision du 17 novembre 2023 par laquelle elle a décidé de conférer à cette consultation un caractère décisoire et la décision portant règlement de la consultation en date du 15 décembre 2023, n'ont été révélées qu'à l'issue de la dernière annonce de la Ville de Paris, à savoir lors de la publication le 15 décembre 2023 du règlement de la consultation ;
- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir dès lors qu'ils sont inscrits sur les listes électorales parisiennes et, pour deux d'entre eux, propriétaires d'un véhicule de type " SUV " ;
- la requête est recevable dès lors que la décision de recourir à une votation citoyenne le 4 février 2024 fait grief, qu'elle a été déposée dans les délais de recours et qu'un recours en annulation a été préalablement déposé ;
Sur l'urgence :
- il y a urgence à suspendre les décisions attaquées dès lors que la consultation est prévue le 4 février 2024 ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'en s'engageant explicitement à suivre le résultat des parisiens à l'issue de cette votation, la maire de Paris a donné à la consultation le caractère d'un référendum local ;
- le scrutin à venir est insincère dès lors que la Ville de Paris a communiqué des informations erronées concernant la définition des véhicules de type " SUV ", que la question posée est imprécise et oriente la réponse par l'utilisation de termes négatifs, et qu'enfin les personnes concernées par la mesure envisagée ne peuvent pas voter lors du scrutin ;
- elles sont entachées d'un détournement de procédure dès lors que la maire de Paris a voulu se soustraire aux contraintes auxquelles l'exposait la procédure du référendum local ;
- elles sont entachées d'un détournement de procédure également en ce que la maire de Paris utilise sa compétence en matière de modulation des tarifs de stationnement dans un but étranger à cette compétence, à savoir dissuader la mobilité des automobilistes dans Paris.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2402019 par laquelle Mme D, M. C et M. A demandent l'annulation des décisions attaquées.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E D, M. F C et M. B A demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions par lesquelles la maire de la Ville de Paris a décidé d'organiser le 4 février 2024 une " votation citoyenne " posant aux parisiennes et parisiens la question suivante : " Pour ou contre la création d'un tarif spécifique pour le stationnement des voitures individuelles lourdes, encombrantes, polluantes ' "
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Aux termes de l'article L. 131-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsque l'administration décide, en dehors des cas régis par des dispositions législatives ou réglementaires, d'associer le public à la conception d'une réforme ou à l'élaboration d'un projet ou d'un acte, elle rend publiques les modalités de cette procédure, met à disposition des personnes concernées les informations utiles, leur assure un délai raisonnable pour y participer et veille à ce que les résultats ou les suites envisagées soient, au moment approprié, rendus publics. " Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont la faculté, pour concevoir une réforme ou élaborer un projet ou un acte qui relèvent de leur compétence, de procéder à la consultation du public, notamment sur un site internet. Lorsqu'une autorité administrative organise, sans y être tenue, une telle consultation, elle doit y procéder dans des conditions régulières.
5. Pour justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension de l'exécution des décisions attaquées, les requérants, qui se bornent à invoquer leur qualité d'électeurs inscrits sur les listes électorales parisiennes et leur qualité, pour deux d'entre eux, de propriétaires de véhicules de type " SUV ", n'apportent aucun élément de nature à établir que l'organisation de la votation litigieuse porterait à un intérêt public, à leur situation ou aux intérêts qu'ils entendent défendre une atteinte suffisamment grave et immédiate de nature à justifier qu'il en soit ordonné la suspension dans l'attente du jugement de la requête au fond alors, en premier lieu, que des opérations de vote ne sauraient, par elles-mêmes, être regardées comme portant une atteinte immédiate aux intérêts des personnes concernées par la question posée, en deuxième lieu, que les résultats de ces opérations ne lient pas juridiquement les autorités décisionnaires, nonobstant les déclarations de nature politique qui ont pu accompagner la campagne d'information relative à ces opérations, en troisième lieu, que le contenu des délibérations qui seront éventuellement adoptées à leur issue dans le cadre du même processus décisionnel ne saurait être anticipé et, enfin, qu'il sera loisible aux requérants, s'ils s'y croient fondés, de saisir le juge administratif des délibérations ainsi adoptées, le cas échéant dans le cadre des procédures d'urgence ouvertes à cette fin. Les requérants ne justifient par suite pas de l'urgence qui s'attacherait à la suspension de l'exécution des décisions litigieuses.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D, M. C et M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme D, M. C et M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D, à M. F C et à M. B A.
Copie en sera adressée à la Ville de Paris.
Fait à Paris, le 2 février 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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