vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2402216 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | VI VAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Vi Van, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions
de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugiée ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- le 22 mars 2023, elle s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée et a demandé une carte de résident le 10 mai 2023 en conséquence de quoi elle s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 9 novembre 2023 qui n'a pas été renouvelée.
Or sa carte de résident aurait dû lui être délivrée au plus tard trois mois après la décision lui reconnaissant la qualité de réfugiée ;
- elle se retrouve sans preuve en France de la régularité de son séjour et ne peut mener à bien ses démarches pour obtenir un logement social et ne perçoit plus d'allocations sociales, notamment la prestation d'accueil au jeune enfant. De plus, sa couverture maladie a été suspendue.
Sur le doute sérieux :
- le préfet a méconnu les articles L. 424-1, L. 424-2, R. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer en faisant valoir que l'instruction du dossier de la requérante a été reprise et qu'elle est invitée à se présenter en préfecture le 21 février 2024 pour la remise d'un récépissé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2402217 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 9 février 2024 en présence de Mme Guignard, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Vi Van, avocate de Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante afghane, née le 31 janvier 1998, s'est vue reconnaitre ainsi que sa fille mineure née le 4 février 2022 la qualité de réfugiée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 22 mars 2023. Le 10 mai 2023 elle a sollicité une carte de résident et s'est vue remettre une attestation d'instruction valable jusqu'au
9 novembre 2023 qui n'a pas été renouvelée en dépit de ses demandes en ce sens auprès du préfet de police. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision implicite du préfet de police refusant de lui délivrer ledit titre.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
En ce qui concerne les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
5. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de police a retiré la décision implicite de refus de délivrance de carte de séjour de la requérante, a rouvert l'instruction de son dossier et l'a invitée à se présenter en préfecture le 21 février 2024 pour la remise d'un récépissé. Par suite, les conclusions aux fins de suspension sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. La présente ordonnance implique, compte tenu des circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à la requérante, qui se retrouve en situation d'irrégularité de séjour, est sans ressource, ne perçoit plus les allocations sociales, notamment la prestation d'accueil aux jeunes enfants et est sans couverture maladie pour sa fille mineure également reconnue réfugiée et elle, de délivrer à Mme C une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par la présente décision. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Vi Van en application des dispositions précitées, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle définitive ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de la décision implicite de refus de délivrance de carte de séjour opposée par le préfet de police à
Mme C.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de lui délivrer, dans le délai de 5 jours à compter de la notification de la présente décision, une autorisation provisoire de séjour permettant de travailler à Mme C.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à verser à Me Vi Van en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle définitive ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Vi Van et au ministre de l'intérieure et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 9 février 2024.
Le juge des référés,
B. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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