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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402284

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402284

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402284
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET DROITFIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 30 janvier, 10 et 12 février 2024, la SAS EHPAD Les Fontaines, représentée par Selarl Musset Avocats, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 13 décembre 2023 prise conjointement par l'Agence régionale de santé de la région Grand Est et la Collectivité européenne d'Alsace en tant qu'elle interdit des nouvelles admissions de résidents dans les sites de Kembs et de Lutterbach, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge l'Agence régionale de santé Grand Est et de la Collectivité européenne d'Alsace une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2024, l'Agence régionale de santé (ARS) Grand Est et la Collectivité européenne d'Alsace (CeA), représentées par Me Hardouin, concluent au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à leur verser solidairement une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 janvier 2024, sous le n°2402283, par laquelle SAS EHPAD Les Fontaines demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite compte tenu d'une part des conséquences économiques et financières de la décision, et d'autre part des atteintes qu'elle porte à l'intérêt général ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée, dès lors que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, les motifs invoqués pour maintenir l'interdiction d'admissions de nouveaux résidents n'étant pas suffisants pour établir que les conditions d'installation, d'organisation ou de fonctionnement de l'établissement, du service ou du lieu de vie et d'accueil méconnaissent les dispositions du code de l'action sociale et des familles ou présentent des risques susceptibles d'affecter la prise en charge des personnes accueillies ou accompagnées ou le respect de leurs droits.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Musset, avocate de la SAS EHPAD Les Fontaines, qui indique que lors de la réunion du 8 février 2024, la levée partielle de l'interdiction d'accueillir de nouveaux résidents sur un des deux sites a été évoquée ;

- les observations de Me Farenc, avocate de l'ARS Grand Est et de la collectivité européenne d'Alsace, qui confirme qu'une nouvelle décision sera formalisée dans les jours à venir pour tirer les conséquences des mesures, encore insuffisantes, adoptées par l'administrateur provisoire de la SAS EHPAD Les Fontaines.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS EHPAD Les Fontaines, dont l'associé unique est le groupe Bridge, est gestionnaire de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Fontaines ", d'une capacité d'accueil de 245 résidents répartis sur trois sites situés sur les territoires des communes de Lutterbach, de Horbourg-Wihr et de Kembs, dans le département du Haut-Rhin. A la suite de signalements et de réclamations et après plusieurs visites, d'importants dysfonctionnements ont été mis en évidence sur les sites de Lutterbach et de Kembs. Par une décision du 4 août 2023, notifiée le 10 août 2023, ces sites se sont vu interdire l'accueil de nouveaux résidents, en application de l'article L. 313-14 I du code de l'action sociale et des familles, et il a été enjoint à la SAS EHPAD Les Fontaines de procéder au recrutement de personnels qualifiés permettant une organisation pérenne et assurant la sécurité de la prise en soins des résidents. Par un arrêté du 24 août 2023, la directrice générale de l'ARS Grand Est et le président de la collectivité européenne d'Alsace (CeA) ont, en outre, décidé de placer les trois EHPAD sous administration provisoire pour une durée de six mois à partir du 28 août 2023, renouvelable une fois. Par la décision litigieuse du 13 décembre 2023, l'ARS et le CeA ont maintenu la suspension de l'accueil de nouveaux résidents sur les deux sites mentionnés ci-dessus et enjoint la mise en œuvre de plusieurs prescriptions et recommandations. Par la présente requête, l'EHPAD Les Fontaines demande la suspension de l'exécution de cette décision en tant qu'elle interdit l'accueil de nouveaux résidents sur les sites de Kembs et Lutterbach.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. D'une part, il est constant qu'une nouvelle décision doit être adoptée dans les tout prochains jours, et en tout état de cause avant le 28 février 2024, pour tirer les conséquences des solutions partielles apportées aux dysfonctionnements mentionnés ci-dessus et lever, en partie, l'interdiction d'accueillir de nouveaux résidents. Il s'ensuit que la décision attaquée n'a plus vocation à être exécutée que pour une brève période et ne peut par suite, eu égard à ses effets limités, être regardée comme portant une atteinte grave aux intérêts de la requérante ou à ceux des résidents potentiels qui, du fait de l'interdiction litigieuse, ne trouveraient pas de structure d'accueil.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société requérante n'a pas entièrement remédié aux insuffisances d'effectifs relevées par la décision attaquée et, en particulier, qu'elle n'a pas encore procédé au recrutement d'un directeur affecté à plein temps sur le site de Lutterbach et d'une infirmière diplômée d'état coordinatrice sur le site de Kembs. Il s'ensuit que l'exécution de la décision attaquée répond au motif d'intérêt général qui s'attache à la protection de la santé et de la sécurité des résidents accueillis sur ces deux sites. Dans ces circonstances, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être considérée comme établie.

6. En deuxième lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur sur les motifs, invoqués par la requérante, ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

8. Les conclusions présentées par la société requérante contre l'ARS Grand Est et la CeA, qui ne sont pas les parties perdantes, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la société requérante à verser aux défenderesses une somme totale de 1 000 euros sur ce même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SAS EHPAD Les Fontaines est rejetée.

Article 2 : La SAS EHPAD Les Fontaines versera une somme totale de 1 000 euros à l'Agence régionale de santé Grand Est et à la Collectivité européenne d'Alsace sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS EHPAD Les Fontaines, à l'Agence régionale de santé Grand Est et à la Collectivité européenne d'Alsace.

Fait à Paris, le 13 février 2024,

La juge des référés,

K. A

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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