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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402350

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402350

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402350
TypeDécision
Avocat requérantCABINET JOAO VIEGAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2024 M. C B, représenté par Me Viegas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a mis à la retraite d'office par mesure disciplinaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police sa réintégration provisoire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence est remplie dès lors que la sanction de mise à la retraite d'office préjudicie gravement et immédiatement à ses intérêts conduisant à la perte de son emploi,

de son traitement et de son indemnité ;

-il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :

-la commission de discipline a méconnu le principe d'impartialité de la procédure et a méconnu les droits de la défense ;

-elle est entachée d'incompétence de son auteur en l'absence de preuve de l'existence d'une délégation de signature ;

-elle est entachée d'une erreur de qualification des faits ayant mené à la sanction ;

- elle est une sanction disproportionnée ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens sont infondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2402349 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité intérieure, notamment ses articles R. 434-1 et suivants ;

-le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt, vice-président de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de

Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Ladreyt ;

- les observations de Me Viegas, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D A, représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent administratif affecté au commissariat de police du 15ème arrondissement de Paris depuis décembre 2020, a fait l'objet d'une procédure disciplinaire. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'arrêté du

3 janvier 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a mis à la retraite d'office par mesure disciplinaire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article R. 434-3 du code de la sécurité intérieure " Les règles déontologiques énoncées par le présent code de déontologie procèdent de la Constitution, des traités internationaux, notamment de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des principes généraux du droit, et des lois et règlements de la République. Elles définissent les devoirs qui incombent aux policiers et aux gendarmes dans l'exercice de leurs missions de sécurité intérieure pendant ou en dehors du service et s'appliquent sans préjudice des règles statutaires et autres obligations auxquelles ils sont respectivement soumis. Elles font l'objet d'une formation, initiale et continue, dispensée aux policiers et aux gendarmes pour leur permettre d'exercer leurs fonctions de manière irréprochable. II. - Pour l'application du présent code de déontologie, le terme : "policier" désigne tous les personnels actifs de la police nationale, ainsi que les personnels exerçant dans un service de la police nationale ou dans un établissement public concourant à ses missions ".

4. La disposition précitée du code de la sécurité intérieure impose à tous les personnels travaillant au sein de la police nationale de respecter les règles déontologiques fixées par ce code. Il résulte de l'instruction que pour prononcer la sanction de mise à la retraite d'office de M. B, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le comportement de l'intéressé et notamment sur la tenue de propos insultants envers ses collègues. Si M. B conteste la réalité des propos qui lui sont imputés, ceux-ci ont été rapportés par différents agents de son service. En outre, la commission administrative paritaire a émis un avis favorable à la sanction prononcée. Dès lors, au vu des règles déontologiques s'appliquant au sein de la police nationale, du comportement du requérant, du caractère antérieur et répété des propos insultants qu'il a tenu envers ses collègues et de son âge, le caractère disproportionné de la sanction de la mise à la retraite d'office de M. B ne constitue pas un moyen propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Paris, le 14 février 2024.

Le juge des référés,

J-P. LADREYT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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