jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2402499 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | BELYALETDINOVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la même autorité a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et a prononcé son inscription au fin de non-admission dans le système d'information Schengen.
Elle soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 7 mars 2024 en présence de Mme Gaonach-née, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Rohmer ;
- les observations de Me Belyaletdinova, pour Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante chinoise, née le 29 juillet 1956, a fait l'objet, le 31 janvier 2024, d'un arrêté pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, ainsi qu'un autre arrêté du même jour prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01464 du 29 novembre 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-675 du 29 novembre 2023, le préfet de police a donné à Mme C attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise un justificatif de cette délégation, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixation du pays de renvoi mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, en outre, les éléments de la situation personnelle de Mme B sur lesquels il se fonde. Il précise, en particulier, que l'intéressée ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir en France, qu'elle est dépourvue de passeport et ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français. L'arrêté précise, enfin, que
Mme B est célibataire sans enfant, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté portant interdiction de retour du territoire français contient également les éléments de fait et de droit qui le fonde. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de Mme B.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles
L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;
() ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Enfin, L'article L. 612-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
6.Il ressort des termes des décisions attaquées, que Mme B ne conteste pas, qu'elle s'est vue refuser définitivement l'asile par la cour nationale du droit d'asile le 7 février 2014 et s'est maintenu sur le territoire depuis cette date, qu'elle s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure portant obligation de quitter le territoire français en 2021 et qu'elle ne justifie ni de documents d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'une résidence effective dans un local affecté à son habitation principale. En outre, elle ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire national et il ressort des pièces du dossier qu'elle est célibataire sans enfant à charge. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
7.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le magistrat désigné,
B. ROHMER
La greffière,
C. GAONACH-NEELa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°22402499/1-3