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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402518

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402518

mardi 27 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402518
TypeDécision
Avocat requérantCABINET INTER-BARREAUX BARBIER ET ASSOCIES

Résumé IA

**Tribunal Administratif de Paris** – Ordonnance de référé du 12 juillet 2024 (M. C c/ Ville de Paris et société Fayolle). Le juge des référés fait droit à la demande d’expertise médicale présentée par M. C, victime d’une chute sur la voie publique lors de travaux, sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il désigne un expert en chirurgie orthopédique pour décrire les lésions et préjudices en lien avec l’accident, en vue d’une éventuelle action indemnitaire. En revanche, il rejette la demande de dépôt d’un pré-rapport, rappelant que l’expert n’y est pas tenu, et rejette les conclusions relatives aux frais d’expertise et à l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Laplante, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de la Ville de Paris et de la société Fayolle, en vue de décrire son état de santé actuel en lien avec son accident survenu sur la voie publique le 12 juillet 2022 ;

2°) de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport ;

3°) de mettre les frais d'expertise à la charge de la partie défenderesse ;

4°) de mettre à la charge de la partie défenderesse la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la désignation d'un expert est utile dans la perspective d'une action en responsabilité à raison de l'accident dont il a été victime le 12 juillet 2022 sur la voie publique, lors de travaux entrepris par la société Fayolle sur le domaine public de la Ville de Paris.

Par un mémoire, enregistré le 6 mars 2024, la Ville de Paris conclut, à titre principal, au rejet de la demande d'expertise et, à titre subsidiaire, demande l'appel à la cause de la société Fayolle.

Elle soutient que M. C ne l'a pas saisie d'une réclamation et qu'à ce stade le litige est porté devant une juridiction incompétente.

Par un mémoire, enregistré le 23 mai 2024, la société Fayolle, représentée par Me Barbier, informe le juge des référés de ses protestations et réserves d'usage et demande à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".

2. M. C a chuté le 12 juillet 2022 sur la voie publique à l'angle de la rue Marmotte et de la rue des Batignolles à Paris, sur laquelle des travaux étaient en cours. Il fait valoir qu'il a trébuché sur un bloc de béton destiné à stabiliser la barrière de sécurisation des travaux qui, selon lui, était anormalement situé sur le trottoir, au niveau du passage piéton. M. C sollicite la désignation d'un expert afin de déterminer les préjudices résultant de son accident, dans la perspective d'une action indemnitaire dirigée contre la Ville de Paris.

3. La requête étant dirigée contre la Ville de Paris, le tribunal administratif est compétent.

4. La demande d'expertise entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. Il suit de là que les conclusions de M. C, tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties en leur fixant un délai pour formuler leurs dires auxquels il devra répondre dans son rapport définitif, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la charge des frais d'expertise :

6. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande présentée par M. C de mettre les frais d'expertise à la charge du défendeur doit être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. A D (chirurgie orthopédique), exerçant au centre hospitalier Simone Veil, avenue Léon Blum à Beauvais (60000) est désigné en qualité d'expert avec pour mission, en présence de M. C, la Ville de Paris et de la société Fayolle, de :

1°) prendre connaissance du dossier médical de M. C ; convoquer les parties, et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C ainsi qu'à son examen clinique ; entendre ses doléances ;

2°) décrire l'état de santé de M. C lors de sa chute le 12 juillet 2022 et les lésions consécutives à l'accident ;

3°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis par M. C notamment à raison des souffrances endurées, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; dire si la chute est en lien avec les séquelles alléguées de sa vaccination contre le Covid-19 et évaluer l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac ;

a) dire si l'état de santé de M. C est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé sur ce point en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de santé de

M. C en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. C en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer l'incidence professionnelle, sur le moyen et long terme, dire si un changement de profession est à envisager, ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

g) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. C à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : A la demande du tribunal ou à son initiative, l'expert pourra, avec l'accord des parties, conduire une médiation dans les conditions prévues à l'article R. 621-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 3 mars 2025, sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la Ville de Paris, à la société Fayolle et à M. A D, expert.

Fait à Paris, le 27 août 2024.

La juge des référés,

M. DHIVER

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402518/11-5

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