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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402779

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402779

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402779
TypeOrdonnance
Avocat requérantCHAIB HIDOUCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 8 février 2024, M. C Le Prince B, représenté par Me Chaib Hidouci, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de lui donner un rendez-vous en vue de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui remettre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dès lors qu'il peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement et que son employeur l'a informé de son intention de le licencier si sa situation n'était pas régularisée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté de travailler.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que M. Le Prince B ne justifie pas d'une extrême urgence ni d'une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté de travailler car il a déposé une demande sur un mauvais fondement en qualité de " membre de famille citoyen UE " au lieu de conjoint de français et alors qu'il a été invité à le faire, il ne justifie pas avoir déposé une nouvelle demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 8 février 2024 en présence de Mme Poulain, greffière d'audience, M. A a lu son rapport

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

2. M. Le Prince B, ressortissant chilien né le 26 juin 1989 demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui donner un rendez-vous en vue de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui remettre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. "

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

5. Il résulte de l'instruction que M. Le Prince B a obtenu un premier titre de séjour en qualité de conjoint de français valable du 8 février 2022 au 7 février 2024. Dès le mois de décembre 2023, il a multiplié les démarches afin d'en obtenir le renouvellement sur ce même fondement, aucun changement n'étant apparu dans sa situation administrative et notamment dans sa vie privée avec le ressortissant français avec lequel il est pacsé. Toutefois, pour des raisons indépendantes de sa volonté et dues au mauvais fonctionnement des services de la préfecture de police qui n'ont pas répondu à ses nombreux courriels, il a alors multiplié les démarches et sollicité par erreur un titre de séjour en qualité de " membre de famille citoyen UE ". Cette demande, comme le soutient en défense le préfet, a été rejetée le 11 décembre 2023. Toutefois, il n'est pas utilement contesté que sa demande initiale a bien été faite sur le fondement d'un renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de français et n'a toujours pas été examinée par les services de la préfecture qui ne peuvent se retrancher derrière le rejet d'une demande en qualité de " membre de famille citoyen UE " et d'un soit disant refus de déposer une demande sur le bon fondement alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il l'a bien fait, d'une part par courrier postal du 2 décembre 2023 et par saisine le 5 décembre suivant du site dédié " démarches-simplifiées.fr ". Par suite, il est fondé à soutenir qu'en ne lui délivrant pas un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail, le préfet de police a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté de travailler. Enfin, le requérant justifie que depuis l'expiration de son titre de séjour au 7 février 2024, il peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement et que son employeur, le lycée Janson de Sailly, par lettre du 5 février 2024, lui a fait part de son intention de mettre fin à son contrat de travail si sa situation administrative n'était pas régularisée et justifie ainsi de l'extrême urgence de sa situation. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir qu'en ne lui délivrant pas l'attestation prévue par les dispositions des articles R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'exercer une activité professionnelle et à sa liberté d'aller et venir. Il y a lieu de n'enjoindre au préfet de police que de munir M. Le Prince B au plus tard le 13 février 2024 d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. Le Prince B d'une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de munir M. Le Prince B, au plus tard le 13 février 2024, d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 2 : L'Etat versera à M. Le Prince B la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C Le Prince B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 février 2024.

Le juge des référés,

A. BEAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402779/9

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