mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2402867 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | VEILLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 février 2024 et le 16 février 2024, M. C D, représenté par Me Veillat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de changement de statut, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi " ou " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois, à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Veillat, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 mars 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 12 mars 2024.
Des pièces complémentaires, présentées pour M. D, présentées les 12 mars 2024 et 20 mars 2024.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hermann Jager ;
- et les observations de Me Veillat, conseil de M. D.
Une note en délibéré présentée pour M. D a été enregistrée le 20 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant comorien, né le 7 juin 1997, est entré en France le 10 novembre 2020, sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant, valable du 5 novembre 2020 au 5 novembre 2021, renouvelé jusqu'au 16 février 2023. Il a sollicité, le 8 février 2023, un changement de statut, afin d'obtenir un titre de séjour mention " Recherche d'emploi et Création d'entreprise " dans le cadre des dispositions de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A B, attaché principal d'administration de l'État, placé sous l'autorité de la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. D. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. D, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.
5. En troisième lieu, le préfet de police n'est tenu ni de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, dont l'exercice n'est qu'une faculté pour lui, ni de rechercher si la régularisation est possible sur un fondement autre que celui qui invoqué devant lui.
6. En quatrième lieu, si M. D se prévaut de l'obtention de ses " mastère " 1 et 2 en droit, au sein de l'Institut supérieur du droit, de sa bonne foi dès lors qu'il n'était pas en mesure de savoir si ses deux diplômes étaient délivrés par un établissement d'enseignement reconnu par l'État, de son insertion professionnelle ainsi que de la présence sur le territoire française d'une partie de sa famille, outre que l'intéressé ne justifie pas remplir les conditions pour obtenir le titre " création d'entreprise et recherche d'emploi ", les circonstances invoquées par l'intéressé au soutien de ses dires, ne sont pas de nature à démontrer que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de son refus de changement de statut sur la situation personnelle de l'intéressé.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Si M. D se prévaut de ce qu'il vit en France depuis le 10 novembre 2020 et y a noué des liens, il ressort des pièces du dossier qu'il est sans charge de famille et il n'établit l'existence d'aucun lien particulier qu'il aurait noué en France. Par ailleurs, la seule présence sur le territoire français de sa sœur et sa tante ne lui ouvre aucun droit au séjour au regard de la réglementation en vigueur, et, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. D, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
10. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été exposé aux points 5 à 8, que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. D.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de police et à Me Veillat.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;
- Mme Perrin, première conseillère ;
- Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Hermann Jager
L'assesseure la plus ancienne,
A. Perrin La greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026