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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402869

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402869

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402869
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantTROJMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2024, M. C A B, représenté par Me Trojman, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition relative à l'urgence :

- il est entré régulièrement sur le territoire français en 2019, il s'y est parfaitement intégré, il n'a jamais constitué une menace pour l'ordre public, il paie ses impôts, il justifie de la même adresse stable et il a un compte bancaire ;

- il travaille de manière déclarée depuis de nombreuses années et donne pleine et entière satisfaction à son employeur ;

- par un courrier du 14 janvier 2024, son employeur lui a fait savoir que faute de production d'un titre de séjour, il allait perdre son emploi ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête enregistrée le 5 février 2024 sous le numéro 2402749 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Le requérant fait valoir qu'il justifie d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français en 2019, qu'il s'y est parfaitement intégré, qu'il n'a jamais constitué une menace pour l'ordre public, qu'il paie ses impôts, qu'il justifie de la même adresse stable, qu'il a un compte bancaire, qu'il occupe un emploi depuis de nombreuses années et donne pleine et entière satisfaction à son employeur et qu'en l'absence de titre de séjour, son employeur l'a informé de son intention de mettre un terme à son contrat de travail. Toutefois, d'une part, M. A B a déposé une demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour le 1er février 2022 et une décision implicite de rejet est née, en application des dispositions combinées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 1er juin 2022 du silence gardé par l'administration, soit il y a plus d'un an et huit mois à la date de la présente ordonnance, sans que le requérant n'apporte de précisions sur les raisons pour lesquelles il n'a pas introduit de recours avant le 7 février 2024. D'autre part, s'il fait valoir que son employeur lui a indiqué qu'il le licencierait en l'absence de régularisation de sa situation administrative, M. A B n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il aurait été titulaire d'une autorisation de travail lui permettant d'occuper, depuis plusieurs années, un emploi. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme s'étant lui-même placé dans la situation d'urgence dont il se prévaut. Ainsi, la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. A B en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B.

Fait à Paris, le 4 mars 2024.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402869/6

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