mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403049 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CHAMPAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2024, Mme A B, représentée par Me Champain, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 14 avril 2023 par laquelle le préfet de police lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour avec changement de statut, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à un réexamen de sa demande de renouvellement de carte de séjour dans un délai de quinze jours, et dans cette attente de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail dans un délai d'une semaine, à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et L.761-1 du Code de justice administrative, le conseil de la requérante s'engageant le cas échéant à ne pas percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
-la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation dès lors qu'elle lui cause des difficultés importantes de santé au plan psychologique ; qu'elle remet en cause la poursuite de ses recherches et sa situation professionnelle ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
-elle a été prise par une autorité incompétente ;
-elle n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- l'incomplétude du dossier lui a été opposée à tort et elle n'a reçu aucun courriel ni aucun courrier de la part du préfet lui demandant de fournir des pièces complémentaires ;
-elle méconnait l'article L.114-5 du Code des relations entre le public et l'administration ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle méconnait l'article L422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2324743 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante péruvienne née le 27 avril 1981 à Lima au Pérou est entrée en France le 17 octobre 2014 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante et a obtenu un titre de séjour mention " étudiant " renouvelé jusqu'en 2021.Elle s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " valable du 7 juin 2021 au 6 juin 2022. Le 11 avril 2022, elle a déposé une demande de changement de statut auprès du préfet de police de Paris vers celui de " travailleur temporaire " et a obtenu un récépissé valable du 11 avril 2022 au 18 août 2022, renouvelé du 7 décembre 2022 au 6 mars 2023. Par un courriel du 14 avril 2023, le préfet de police lui a indiqué que sa demande a été classée sans suite au motif qu'elle n'avait " pas transmis les pièces complémentaires demandées dans le délai imparti ". Elle demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 14 avril 2023 par laquelle le préfet de police lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour avec changement de statut.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. En l'espèce, la requérante soutient que la décision attaquée lui cause des difficultés importantes de santé au plan psychologique, qu'elle remet en cause la poursuite de ses recherches et sa situation professionnelle. Toutefois, elle ne donne aucune précision ni justification sur les raisons pour lesquelles elle n'a présenté sa requête en référé à l'encontre de la décision attaquée du 14 avril 2023 que près de 10 mois après son intervention, soit le 8 février 2024 alors que le dernier récépissé qu'elle produit expirait le 6 mars 2023. Si elle invoque des difficultés au plan psychologique, il ressort du certificat médical produit qu'elle est suivie depuis 2020 et qu'ainsi ces difficultés ne peuvent être rattachées aux effets de la décision attaquée. Par ailleurs, si elle soutient que cette décision compromet ses recherches, elle ne donne aucune précision alors qu'au demeurant elle a demandé un changement de statut en qualité de salarié. Enfin, si elle produit un contrat du 30 janvier 2024, conclu alors qu'elle était déjà en situation irrégulière il est à durée déterminée. La requérante doit donc être regardée comme s'étant ainsi placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque. La condition d'urgence n'étant pas satisfaite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Champain.
Copie sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 13 février 2024.
La juge des référés,
J. EVGENAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.