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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403170

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403170

samedi 24 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403170
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2401151 du 15 février 2024 la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis la requête, enregistrée le 10 février 2024 de M. A B au tribunal administratif de Paris,

Par cette requête, et deux mémoires, enregistrés le 10 février 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Paris, représenté par Me Djamal Abdou Nassour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée 12 mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a placé en rétention administrative et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui renouveler son titre de séjour mention " étudiant " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 29 décembre 2023 du préfet de l'Essonne :

Sur le refus de renouvellement de son titre de séjour :

- Cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- Son comportement ne trouble pas l'ordre public ;

- Son état de santé s'oppose à son éloignement ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- Cette décision est entachée d'une erreur de droit ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- Cette décision viole l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français durant 12 mois :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté du 9 février 2024 du préfet de police de Paris :

- Le requérant présente toutes les garanties de représentation ;

- Cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Matalon en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Matalon qui a informé les parties conformément aux articles R. 611-7 et R. 776-25 du code justice administrative, qu'une partie de la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office et tiré de l'incompétence du juge administratif pour statuer sur l'arrêté de placement en rétention administrative ;

- Les observations orales M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;

- Et les observations orales de Me Zerard représentant le préfet de de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant comorien né le 28 mai 2002 demande d'une part l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée 12 mois et, d'autre part, l'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a placé en rétention administrative et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur l'étendue du litige :

2. L'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". L'article L. 614-4 du même code dispose : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". L'article L. 614-8 du même code dispose : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention () le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Enfin, l'article L. 614-9 du même code dispose : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal ".

3. M. B a été placé en rétention administrative par une décision du préfet de police du 9 février 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du même jour obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet de l'Essonne refusant à M. B le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du préfet de l'Essonne lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant placement en rétention administrative :

4. Aux termes de l'article L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de placement en rétention ne peut être contestée que devant le juge des libertés et de la détention, conformément aux dispositions de l'article L. 741-10. " et aux termes de son article L. 741-10 : "L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification./ Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18 ".

5. Il résulte de ces dispositions que la décision de placement en rétention ne peut être contestée que devant le juge des libertés et de la détention et relève, ainsi, de la compétence du juge judiciaire. Par suite, les moyens soulevés à l'encontre de la décision de placement en rétention ne peuvent qu'être rejetées, comme portées devant une juridiction incompétence pour en connaître.

En ce qui concerne l'arrêté du 29 décembre 2023 du préfet de l'Essonne :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé le 25 septembre 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Toutefois, par une décision en date du 29 décembre 2023, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Le requérant entrait donc dans le champ d'application du 3° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur de droit.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. M. B fait valoir que deux de ses frères vivent en France en situation régulière et que ses parents sont décédés. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué dès lors que M. B est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être rejeté.

10. Enfin, si le requérant soutient qu'il souffre de problèmes psychiatriques, il n'établit pas qu'il ne pourrait bénéficier de traitements appropriés dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. Si M. B fait valoir que le préfet de l'Essonne ne caractérise nullement un risque de fuite il ressort des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé qui a été signalé sur le fichier des antécédents judiciaires pour menaces de mort réitérées, dégradation ou détérioration volontaire d'un bien d'autrui, et qui a été interpellé le 3 décembre 2023 par des agents de sécurité de la SNCF pour dégradation, apologie du terrorisme et menace de crime contre les personnes constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, le préfet de l'Essonne a pu, sur ce seul motif, regarder comme établi, au regard du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Eu égard aux circonstances indiquées plus haut, M. B ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par suite, le préfet de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne l'arrêté du 9 février 2024 du préfet de police de Paris :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Le préfet de police a examiné la situation personnelle de M. B au regard des critères prévus à l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a constaté que le comportement de l'intéressé signalé sur le fichier des antécédents judiciaires pour menaces de mort réitérées, dégradation ou détérioration volontaire d'un bien d'autrui, et qui a été interpellé le 3 décembre 2023 par des agents de sécurité de la SNCF pour dégradation, apologie du terrorisme et menace de crime contre les personnes constitue une menace pour l'ordre public. Le préfet a ensuite fait état du fait que l'intéressé, qui est entré en France le 6 octobre 2022, ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Dans ces conditions, la décision litigieuse est suffisamment motivée et atteste de la prise en compte par le préfet de police au vu de la situation de l'intéressé de l'ensemble des critères prévus par la loi. En outre, le requérant ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée 12 mois ainsi que les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires afférentes à cette décision sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Paris.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Essonne et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 24 février 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

D. MATALONV. BERNARD-LAGREDE

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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