mercredi 10 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403232 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | MALLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme C E, représentée par Me Mallet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes à Me Mallet, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'articulation entre les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
12 mars 2024.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante algérienne, née le 12 juillet 1966, entrée en France le 3 décembre 2014, munie de son passeport revêtu d'un visa de type " C ", s'est maintenue en France à l'issue de la durée de validité de son visa. Elle a sollicité, le 27 juillet 2022, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 novembre 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 75-2023-511 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme Akhmeteli, secrétaire administrative de classe normale, cheffe de la section admission exceptionnelle au séjour, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les stipulations de l'article du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme E. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de Mme E, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme E avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.
5. En quatrième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation
6. D'une part, Mme E ne peut ainsi se prévaloir de la méconnaissance par le préfet de police des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui sont pas applicables, en sa qualité de ressortissante algérienne. En tout état de cause, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police, avant de refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme E, ne s'est pas limité à examiner sa situation sur le seul fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien mais a également, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, examiné sa demande au motif de l'admission exceptionnelle au séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont elle justifiait. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. D'autre part, au soutien de ses conclusions, Mme E se prévaut de ce qu'elle exerce une activité professionnelle en qualité d'assistante de vie, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée pour la société " Familia Services ", depuis le mois de mars 2018. Elle fait valoir, à cet égard, la circonstance que son employeur a rempli à son bénéfice un " cerfa " d'autorisation de demande de travail et a rédigé une attestation faisant état de son engagement actif pendant la période sanitaire. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que l'intéressée n'occupe qu'un emploi à temps partiel et pour un salaire inférieur au salaire interprofessionnel de croissance sur la totalité de ses années d'activité. Par ailleurs, si elle invoque la circonstance que sa présence aux côtés de son fils, D A, né le 6 juin 2000, est nécessaire, elle ne l'établit pas. En effet, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a été atteint d'une chéloïde tumorale et qu'il a bénéficié à ce titre d'un traitement chirurgical à l'hôpital Necker, le seul certificat médical du 9 août 2018, établi par le docteur B, est à présent ancien et ne peut être regardé comme attestant de l'état de santé et de la situation actuelle de M. A. En outre, si la requérante fait valoir qu'elle subvient financièrement aux études de son fils, qui s'est inscrit en licence " sciences pour la santé ", elle ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations permettant d'établir que sa présence en France conditionne la poursuite des études de son fils. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, le préfet de police a pu estimer, dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de régularisation, que l'intéressée ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires et n'a donc pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. La requérante ne peut enfin, utilement, invoquer la circulaire du 28 novembre 2012, qui n'est pas opposable.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Mme E soutient qu'elle vit en France depuis 2014 avec son fils, et qu'elle s'y est insérée professionnellement. Toutefois, l'intéressée n'établit qu'elle serait dans l'incapacité de reconstituer la cellule familiale en Algérie, pays dont elle-même et son fils ont la nationalité. Par ailleurs, l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-huit ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme E, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme E.
10. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision précitée, doit être rejetée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au préfet de police et à Me Mallet.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;
- M. Hémery, premier conseiller ;
- Mme Mornington, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Hermann Jager
L'assesseur le plus ancien,
D. Hémery La greffière,
A. Depousier
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026