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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403651

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403651

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403651
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantARROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2024, M. B A, représenté par Me Arrom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'assortir l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée d'une autorisation de travail ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît le 10° de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit d'écritures en défense.

Par une ordonnance du 11 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deniel,

- et les observations de Me Arrom, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 19 décembre 1982, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 10 mai 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 22 juin 2021. Sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA en date du 4 avril 2023, notifiée le 5 mai 2023. Par un arrêté du 27 juillet 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 2310127 du 9 janvier 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Montreuil a annulé cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement. M. A s'est présenté à la préfecture de police Paris, le 12 février 2024, afin d'obtenir une autorisation provisoire de séjour en exécution de ce jugement et de déposer une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant ayant obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Une autorisation provisoire de séjour valable du 12 février 2024 au 11 août 2024 lui a été délivrée. M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'assortir cette autorisation provisoire de séjour d'une autorisation de travail.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 10° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " prévue à l'article L. 424-9 et la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " prévue à l'article L. 424-11 ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la feuille de salle remise aux services préfectoraux, que M. A a présenté le 12 février 2024 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant valoir que son fils, né le 29 décembre 2022, avait obtenu la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 septembre 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué par le préfet de police, qui n'a pas produit d'écritures à l'instance, que le dossier déposé par M. A n'aurait pas été complet ou que sa demande aurait été dilatoire. Par suite, M. A est fondé, au regard des dispositions précitées du 10° de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'assortir le récépissé délivré le 12 février 2024 d'une autorisation provisoire de travail.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de police assortisse l'autorisation provisoire de séjour dont bénéficie M. A d'une autorisation de travail. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à cette mesure d'exécution dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Arrom, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Arrom d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de police a refusé d'assortir l'autorisation provisoire de séjour délivrée à M. A d'une autorisation de travail est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police d'assortir l'autorisation provisoire de séjour dont bénéficie M. A d'une autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Me Arrom, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Arrom renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Arrom et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, président,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Deniel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

C. Deniel

La présidente,

S. MarzougLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2403651/6-

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