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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403736

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403736

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403736
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, Mme B A, représentée par Me Singh, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiqué au préfet de police qui n'a pas produit d'écritures en défense.

Par une ordonnance du 13 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024.

Mme A a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deniel,

- et les observations de Me Singh, représentant Mme A.

Mme A a présenté une note en délibéré, enregistrée le 16 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 11 décembre 2001, demande au tribunal d'annuler la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'objet du litige :

3. Il est constant qu'à l'occasion du renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " étudiant ", Mme A a présenté une demande de changement de statut en faisant valoir sa vie privée et familiale. Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 9 février 2022 au 8 février 2024 lui a été délivrée, révélant ainsi le rejet implicite de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si Mme A dirige ses conclusions contre un courriel du 4 octobre 2023 des services de la préfecture de police l'informant du rejet de sa demande, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", révélée par la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la demande présentée par Mme A ayant été adressée au préfet de police, ce dernier est réputé l'avoir rejetée implicitement à l'expiration d'un délai de quatre mois après sa réception. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision implicite attaquée doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A a demandé la communication des motifs de la décision implicite contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'a pas procédé à l'examen de la situation de Mme A avant l'édiction de la décision en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme A soutient qu'elle est entrée en France au mois de décembre 2017 pour rejoindre sa mère qui est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 13 octobre 2026. Elle fait valoir qu'elle a été scolarisée en France à compter de l'année scolaire 2018/2019, qu'elle a obtenu un brevet d'études professionnelles " métiers des services administratifs " en juillet 2020 puis un baccalauréat professionnel spécialité " gestion " en septembre 2021 et qu'elle est inscrite en BTS " comptabilité gestion " depuis l'année scolaire 2022/2023. Toutefois, Mme A ne produit aucun élément de nature à établir sa présence en France avant le mois de septembre 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'elle ne réside pas avec sa mère mais est hébergée dans un centre maternel de la Ville de Paris. Il est constant qu'elle est mère d'une petite fille née le 24 mars 2021 dont le père réside au Sénégal. Si elle soutient qu'elle ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine où son père est décédé le 10 avril 2002, elle n'apporte aucun élément sur ses conditions de vie au Sénégal avant qu'elle ne rejoigne sa mère qui résidait en France. Dans ces conditions, alors que Mme A bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", le préfet de police n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus ou des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Singh et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Deniel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

C. Deniel

La présidente,

S. MarzougLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2403736/6-

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