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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403752

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403752

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403752
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET LACOURTE, RAQUIN, TATAR (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, la société civile immobilière (SCI) du 27 avenue des Champs Elysées, représentée par Me O'Neil, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire n°PC 075 108 23 V0027 à la société civile immobilière (SCI) Messine Participations ayant pour objet la réhabilitation d'un bâtiment situé du 29 au 33 avenue des Champs Elysées et du 22B au 26 de la rue Marignan à Paris 8ème, la modification d'aspect extérieur; le changement de destination des locaux existants à usage de bureaux, de commerce en locaux à usage de bureaux, et de commerce ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a la qualité de voisine immédiate lui donnant intérêt pour agir, conformément à l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- l'urgence à suspendre la décision attaquée est présumée en vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 14 décembre 2023 méconnait l'article A. 424-2 en ne mentionnant pas la localisation de l'immeuble litigieux et en précisant insuffisamment les changements de destination, il méconnaît aussi l'article A. 424-3 d) du code de l'urbanisme en omettant de spécifier les prescriptions émises par les services de l'assainissement, enfin la maire de Paris aurait dû solliciter l'avis de la section territoriale de voirie (STV) Nord-Ouset dès lors que l'avis de la gestion du domaine, qui est incomplet, renvoyait les services instructeurs à saisir la STV Nord-Ouest ;

- si le pétitionnaire a bien transmis le document requis au titre de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme intitulé " insertion du projet dans son environnement ", ce document laisse apparaître un bâtiment rénové dans sa totalité, ce qui n'est pas la réalité dès lors que la partie du 27 avenue des Champs Elysées ne fait pas partie du projet ;

- le permis de construire a, ainsi, été délivré sur la base d'un dossier incomplet, il existe une omission substantielle de nature à nuire à la parfaite instruction du dossier dès lors qu'aucune pièce du dossier, ni même la notice architecturale, ne rend compte du fait que la réhabilitation a pour effet de séparer un immeuble homogène en deux et que cette séparation aura un impact irréversible sur la partie qui lui appartient ;

- le permis de construire litigieux, dès lors qu'il porte sur une partie seulement d'un ensemble immobilier unique et non divisible, a été accordé en violation de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme ;

- il a été délivré en violation de l'article UG 11.5.1 du plan local d'urbanisme (PLU) puisque le résultat final de l'opération est une rénovation partielle de l'immeuble alors que le règlement du PLU protège l'immeuble du 27 au 33 avenue des Champs Elysées dans son ensemble ;

- la maire de Paris a méconnu les dispositions des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme en ne sursoyant pas à statuer dès lors que le projet est de nature à compromettre l'exécution du futur PLU dont la révision a été prescrite par délibération des 15, 16 et 17 décembre 2020 et dont le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable a déjà eu lieu et le projet est en contradiction avec les dispositions du PLU bioclimatique, notamment son orientation n°21.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI du 27 avenue des Champs Elysées la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la SCI du 27 avenue des Champs Elysées ne justifie pas être propriétaire de la parcelle du n°27 avenue des Champs-Elysées ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, la société civile immobilière (SCI) Messine Participation, représentée par Maîtres Guinot et Gauthier, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué en soulignant qu'il existe deux unités foncières distinctes et deux propriétaires distincts.

Vu :

- les pièces complémentaires enregistrées les 19 février et 5 mars 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Thomas, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me O'Neil, avocate de la SCI du 27 avenue des Champs-Elysées ;

- les observations de Me Gorse, avocate de la Ville de Paris ;

- les observations de Me Gauthier, avocate de la SCI Messine Participations,

de M. Le marchand, directeur du développement de la société ICADE, maître d'ouvrage et de Mme B, architecte, tous deux agissant pour le compte de la SCI Messine Participations.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 4 mars 2024 pour la SCI du 27 avenue des Champs Elysées et communiquées aux parties.

Un mémoire présenté pour la Ville de Paris a été enregistré le 5 mars 2024.

Par une ordonnance du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 6 mars 2024 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

2. Le 23 mai 2023, la SCI Messine Participations a déposé une demande de permis de construire portant sur la réhabilitation d'un bâtiment dans un usage mixte bureaux et commerces, la modification d'aspect extérieur, le changement de destination des locaux existants à usage de bureaux, de commerce en locaux à usage de bureaux et de commerce. La Ville de Paris a délivré le 14 décembre 2023 le permis sollicité par un arrêté PC 075 108 23 V0027. La SCI du 27 avenue des Champs Elysées demande la suspension de cet arrêté accordant le permis de construire litigieux.

3. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. "

4. En premier lieu, aucun des moyens de légalité externe invoqués tels qu'énoncés dans les visas n'apparaissent, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

5. En second lieu, d'une part, en l'état de l'instruction, et compte tenu des caractéristiques du projet soumis au juge des référés qui démontre la possibilité d'un fonctionnement autonome entre les immeubles du n°27 et celui des n°29 à n°33, la construction litigieuse ne peut être regardée comme constituant un ensemble immobilier unique. D'autre part, si l'immeuble litigieux est un immeuble protégé par le PLU, en l'état de l'instruction, les travaux entrepris sur la façade et sur le socle se bornent à une réhabilitation de l'existant pour les étages et à retrouver une unité pour le socle. Enfin, il ressort des pièces soumises au juge des référés que le pétitionnaire a obtenu son certificat d'urbanisme le 18 février 2023 et que le projet de règlement du futur PLU a été adopté postérieurement, par une délibération du conseil de Paris des 5 et 9 juin 2023 et qu'ainsi, aucune mention des documents établis à la date du 18 février 2023 ne permettait d'anticiper que les surfaces à destination de cinéma seraient assimilées à de la surface de plancher liée à la fonction résidentielle au sens du PLU. Dès lors, aucun des moyens de légalité interne n'apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire litigieux.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI du 27 avenue des Champs Elysées n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution du permis de construire n° PC 075 108 23 V0027 du 14 décembre 2023.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris et de la SCI Messine Participations, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme que demande la société requérante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI du 27 avenue des Champs-Elysées, au même titre, la somme de 1 500 euros à verser à la Ville de Paris.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SCI du 27 avenue des Champs-Elysées est rejetée.

Article 2 : La SCI du 27 avenue des Champs-Elysées est condamnée à verser la somme de 1500 euros à la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI du 27 avenue des Champs Elysées, à la Ville de Paris et à la SCI Messine Participations.

Fait à Paris, le 11 mars 2024.

La juge des référés,

A. A

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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