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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403837

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403837

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403837
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET FINALTERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, le comité social et économique de la société The Conran Shop SAS, représenté par Me Ilic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2023 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi au sein de la société The Conran Shop SAS ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'autorité administrative n'a pas vérifié que la direction a régulièrement transmis au comité social et économique, en temps utile de manière complète, l'information sur la situation économique et financière du groupe ;

- l'autorité administrative n'a pas vérifié que le comité social et économique a été régulièrement consulté sur les modalités de recherche de reclassement ;

- le contenu des mesures sociales d'accompagnement est insuffisant au regard des moyens de l'entreprise et du groupe ;

- aucun effort d'anticipation en matière sociale n'a été réalisé par la société ;

- le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi ne respecte pas les observations adressées par l'autorité administrative durant la procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, la société The Conran Shop SAS, représentée par Me Finalteri, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du comité social et économique de la société The Conran Shop SAS d'une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mars 2024 le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France informe le tribunal que la décision attaquée a été retirée et remplacée par une décision du 4 mars 2024 ayant la même portée et conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

L'affaire a été inscrite au rôle de l'audience du 9 avril 2024.

Une note en délibéré a été produite par le comité social et économique le 11 avril 2024. Le comité social et économique soutient, d'une part, que le principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors que le mémoire en défense de la société The Conran Shop SAS ne lui a pas été communiqué et, d'autre part, que la décision du 4 mars 2024 est insuffisamment motivée.

L'affaire ayant été radiée du rôle du 9 avril 2024, la note en délibéré a été communiquée le 11 avril 2024 aux parties en défense.

Par un mémoire, enregistré le 6 mai 2024, le comité social et économique de la société The Conran Shop SAS persiste dans ses précédentes écritures et demande en outre au tribunal d'annuler la décision du 4 mars 2024 par laquelle le directeur interdépartemental et régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a, d'une part, retiré la décision du 19 décembre 2023, et, d'autre part, homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société The Conran Shop SAS avec effet rétroactif au 19 décembre 2023.

S'agissant de la décision du 4 mars 2024, il soutient que :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'autorité administrative n'a pas vérifié que la direction a régulièrement transmis au comité social et économique, en temps utile de manière complète, l'information sur la situation économique et financière du groupe ;

- l'autorité administrative n'a pas vérifié que le comité social et économique a été régulièrement consulté sur les modalités de recherche de reclassement ;

- le contenu des mesures sociales d'accompagnement est insuffisant au regard des moyens de l'entreprise et du groupe ;

- aucun effort d'anticipation en matière sociale n'a été réalisé par la société ;

- le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi ne respecte pas les observations adressées par l'autorité administrative durant la procédure.

La société The Conran Shop SAS a présenté un mémoire enregistré le 13 mai 2024, postérieurement à la date de clôture automatique de l'instruction et qui n'a pas été communiqué.

Le directeur interdépartemental et régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a présenté un mémoire enregistré le 13 mai 2024, postérieurement à la date de clôture automatique de l'instruction et qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino,

- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,

- les observations de Me Triaki, avocat du comité social et économique de la société The Conran Shop SAS, de Me Castet, représentant la direction interdépartementale et régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile de France, et de Me Finalteri, avocate de la société The Conran Shop SAS.

Considérant ce qui suit :

1. La société The Conran Shop SAS, qui a pour activité la vente de meubles et éléments de décoration haut de gamme qu'elle commercialise en boutique située 115-117 rue du Bac à Paris (75007), est détenue à 100% par la société The Conran Shop Limited, elle-même détenue à hauteur de 94% par la société Barle Holding Limited dont M. A B est l'actionnaire unique. Au mois de septembre 2023, la société The Conran Shop a décidé de cesser son activité, entraînant la suppression de l'ensemble des emplois de l'entreprise. Par une décision du 19 décembre 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société The Conran Shop SAS. Puis, par une décision du 4 mars 2024, le directeur interdépartemental et régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a, d'une part, retiré la décision du 19 décembre 2023, et, d'autre part, homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société The Conran Shop SAS avec effet rétroactif au 19 décembre 2023. Par la présente requête, le comité social et économique de la société demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Ainsi qu'il a été dit, la décision du 19 décembre 2023 a été retirée en cours d'instance par une décision du 4 mars 2024 du directeur interdépartemental et régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France ayant la même portée. Ce retrait n'ayant pas acquis un caractère définitif, il y a lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 19 novembre 2023, qui ont conservé leur objet ainsi que sur celles tendant à l'annulation de la décision du 4 mars 2024.

En ce qui concerne la décision du 4 mars 2024 en tant qu'elle retire la décision du 19 décembre 2023 :

4. Le comité social et économique ne peut contester la décision du 4 mars 2024 en tant qu'elle retire une décision qui lui était défavorable. Dès lors, le moyen propre dirigé contre la décision du 4 mars 2024, prise dans cette mesure, tiré de ce que le retrait de la décision du 19 décembre 2023 n'est pas motivé ne peut qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision du 19 décembre 2023 et la décision du 4 mars 2023 en tant qu'elles homologuent le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi au sein de la société The Conran Shop SAS avec effet rétroactif :

S'agissant du cadre juridique du contrôle :

5. Aux termes de l'article L. 1233-24-4 du code du travail : " A défaut d'accord mentionné à l'article L. 1233-24-1, un document élaboré par l'employeur après la dernière réunion du comité social et économique fixe le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi et précise les éléments prévus aux 1° à 5° de l'article L. 1233-24-2, dans le cadre des dispositions légales et conventionnelles en vigueur. ". Aux termes de l'article L. 1233-57-3 de ce code : " En l'absence d'accord collectif (), l'autorité administrative homologue le document élaboré par l'employeur mentionné à l'article L. 1233-24-4, après avoir vérifié la conformité de son contenu aux dispositions législatives et aux stipulations conventionnelles relatives aux éléments mentionnés aux 1° à 5° de l'article L. 1233-24-2, la régularité de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique, le respect, le cas échéant, des obligations prévues aux articles L. 1233-57-9 à L. 1233-57-16, L. 1233-57-19 et L. 1233-57-20 et le respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des articles L. 1233-61 à L. 1233-63 en fonction des critères suivants : / 1° Les moyens dont disposent l'entreprise, l'unité économique et sociale et le groupe ; / 2° Les mesures d'accompagnement prévues au regard de l'importance du projet de licenciement ; / 3° Les efforts de formation et d'adaptation tels que mentionnés aux articles L. 1233-4 et L. 6321-1. / Elle s'assure que l'employeur a prévu le recours au contrat de sécurisation professionnelle mentionné à l'article L. 1233-65 ou la mise en place du congé de reclassement mentionné à l'article L. 1233-71. ".

6. Lorsque le juge de l'excès de pouvoir est saisi d'une requête dirigée contre une décision d'homologation d'un document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi d'une entreprise, il lui appartient, s'il est saisi de moyens tirés de ce que l'administration aurait inexactement apprécié le respect de conditions auxquelles l'homologation est subordonnée de se prononcer lui-même sur le bien-fondé de l'appréciation portée par l'autorité administrative sur les points en débat au vu de l'ensemble des pièces versées au dossier. Il lui appartient ainsi de rechercher, au vu non de la seule motivation de la décision administrative mais de l'ensemble des pièces du dossier, si l'autorité administrative a effectivement vérifié le respect des conditions mises en cause et si elle a pu à bon droit considérer qu'elles étaient remplies, sans s'arrêter, sur ce dernier point, sur une erreur susceptible d'affecter, dans le détail de la motivation de la décision administrative, une étape intermédiaire de l'analyse faite par l'administration.

S'agissant de l'examen des moyens :

Quant au moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 4 mars 2024 en tant qu'elle porte homologation rétroactive au 19 décembre 2023 du document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi :

7. Ainsi qu'il a été dit, la décision du 4 mars 2024 a la même portée que la décision du 19 décembre 2023 qu'elle retire et remplace. Il suit de là qu'eu égard à son objet même, la décision du 4 mars 2024, en tant qu'elle porte homologation rétroactive du document unilatéral au 19 décembre 2023, date de la décision initiale et qui ne fait l'objet d'aucune contestation, est suffisamment motivée sur ce point.

Quant aux moyens tirés de l'illégalité des décisions attaquées en tant qu'elles sont relatives au contrôle de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique de la société The Conran Shop SAS :

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 1233-28 du code du travail que l'employeur qui envisage de procéder à un licenciement collectif pour motif économique d'au moins dix salariés dans une même période de trente jours doit réunir et consulter le comité social et économique. A ce titre, le I de l'article L. 1233-30 du même code dispose, s'agissant des entreprises ou établissements qui emploient habituellement au moins cinquante salariés, que l'employeur réunit et consulte l'institution représentative du personnel sur : " 1° L'opération projetée et ses modalités d'application, conformément à l'article L. 2323-31 ; / 2° Le projet de licenciement collectif : le nombre de suppressions d'emploi, les catégories professionnelles concernées, les critères d'ordre et le calendrier prévisionnel des licenciements, les mesures sociales d'accompagnement prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi et, le cas échéant, les conséquences des licenciements projetés en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail. () " et que le CSE tient au moins deux réunions. Aux termes de l'article L. 1233-31 de ce code : " L'employeur adresse aux représentants du personnel, avec la convocation à la première réunion, tous renseignements utiles sur le projet de licenciement collectif. / Il indique : / 1° La ou les raisons économiques, financières ou techniques du projet de licenciement ; / 2° Le nombre de licenciements envisagé ; / 3° Les catégories professionnelles concernées et les critères proposés pour l'ordre des licenciements ; / 4° Le nombre de salariés, permanents ou non, employés dans l'établissement ; / 5° Le calendrier prévisionnel des licenciements ; / 6° Les mesures de nature économique envisagées / 7° Le cas échéant, les conséquences de la réorganisation en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail ". Aux termes de l'article L. 1233-34 du même code : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, le comité social et économique peut, le cas échéant sur proposition des commissions constituées en son sein, décider, lors de la première réunion prévue à l'article L. 1233-30, de recourir à une expertise pouvant porter sur les domaines économique et comptable ainsi que sur la santé, la sécurité ou les effets potentiels du projet sur les conditions de travail ".

9. Lorsqu'elle est saisie par un employeur d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail et fixant le contenu d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que la procédure d'information et de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'homologation demandée que si le comité a été mis à même d'émettre régulièrement un avis, d'une part, sur l'opération projetée et ses modalités d'application et, d'autre part, sur le projet de licenciement collectif et le plan de sauvegarde de l'emploi. A ce titre, il appartient à l'administration de s'assurer que l'employeur a adressé au comité tous les éléments utiles pour qu'il formule ses deux avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation. Lorsque l'assistance d'un expert-comptable a été demandée selon les modalités prévues par ces dispositions, la circonstance que l'expert-comptable n'ait pas eu accès à l'intégralité des documents dont il a demandé la communication ne vicie pas la procédure d'information et de consultation du comité social et économique si les conditions dans lesquelles l'expert-comptable a accompli sa mission ont néanmoins permis au comité social et économique de disposer de tous les éléments utiles pour formuler ses avis en toute connaissance de cause.

10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le comité social et économique, qui a décidé de recourir à un cabinet d'expertise-comptable, s'est réuni à huit reprises entre le 25 septembre 2023 et le 24 novembre 2023 dans le cadre de la procédure d'information et de consultation et qu'il a rendu un avis défavorable le 24 novembre 2023, d'une part, sur le projet de cessation d'activité de la société The Conran Shop SAS et ses conséquences sur l'emploi et, d'autre part, sur le projet de licenciement collectif pour motif économique. Il ressort également des pièces du dossier, d'une part, que pour se prononcer, il a eu accès à deux notes d'informations qui ont été actualisées par la direction au cours de la procédure, l'une relative au projet de cessation d'activité et l'autre relative au projet de licenciement collectif et au plan de sauvegarde de l'emploi et, d'autre part, que chaque membre et le cabinet d'expertise-comptable ont pu prendre connaissance des comptes de la société Barle Holding Limited et de la société mère, The Conran Shop Limited arrêtés au 31 mars 2022. Certes, il est constant que ce n'est qu'à l'issue de l'avant dernière réunion qui s'est tenue le 22 novembre 2023, soit deux jours avant qu'il ne remette son avis, que le comité social et économique a été informé de la création le 16 novembre 2023 au sein du groupe d'une filiale située au Koweït, dénommée The Conran Shops For Wholesale et Retail Trade Co. WLL. Toutefois, alors que la direction a apporté des éléments de réponse en précisant, dans un courriel du 22 novembre 2023 adressé aux membres du comité et dans la note d'information complétée mise à leur disposition lors de la réunion du 24 novembre 2024, que la création de cette filiale procédait d'un simple apport en industrie de la part de la société mère The Coran Shop Limited, qui n'en détenait, à ce titre, que 50% des parts, et n'avait aucune incidence sur les résultats déficitaires et les moyens du groupe, le comité social économique n'apporte aucun élément suffisamment précis qui serait de nature à contredire les renseignements qui lui ont été communiqués et sur lesquels il pouvait dès lors utilement se fonder pour rendre son avis, qui n'est pas entaché d'irrégularité, à l'issue de la réunion du 24 novembre 2024. Il suit de là, et alors que les décisions attaquées font mention de ces éléments d'information, que le moyen tiré du l'insuffisance de contrôle par l'autorité administrative de la procédure d'information du comité social et économique doit être écarté.

11. En second lieu, si, conformément aux dispositions précitées du 2° de l'article L. 1233-30 du code du travail, l'employeur est tenu d'informer les représentants du personnel sur les mesures sociales d'accompagnement prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi, une telle obligation ne lui impose pas de faire état des modalités précises des recherches l'ayant conduit à retenir lesdites mesures. Ainsi, et alors que la note d'information qui a été communiquée aux membres du comité social et économique, d'une part, détaillait les démarches de reclassement externe envisagées en partenariat avec la Fédération nationale du négoce de l'ameublement et de l'équipement de la maison, les syndicats et organismes professionnels concernés, les entreprises partenaires et les sociétés concurrentes et, d'autre part, précisait que les postes identifiés seraient communiqués aux salariés qui seraient par la suite invités à transmettre leur candidature, la circonstance que l'employeur n'a pas consulté les membres du comité social et économique sur les recherches effectives de reclassement externe entreprises est sans incidence sur la régularité de la procédure d'information et de consultation effectuée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Quant aux moyens tirés de l'illégalité des décisions attaquées en tant qu'elles portent sur le contrôle du respect par l'employeur de ses obligations en matière d'accompagnement des salariés :

12. S'agissant du plan de sauvegarde de l'emploi devant précéder les licenciements pour motif économique de plus de dix salariés, aux termes de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. / Ce plan intègre un plan de reclassement visant à faciliter le reclassement sur le territoire national des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité, notamment celui des salariés âgés ou présentant des caractéristiques sociales ou de qualification rendant leur réinsertion professionnelle particulièrement difficile () ". Aux termes de l'article L. 1233-62 du même code : " Le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit des mesures telles que : / 1° Des actions en vue du reclassement interne sur le territoire national, des salariés sur des emplois relevant de la même catégorie d'emplois ou équivalents à ceux qu'ils occupent ou, sous réserve de l'accord exprès des salariés concernés, sur des emplois de catégorie inférieure ; / 1° bis Des actions favorisant la reprise de tout ou partie des activités en vue d'éviter la fermeture d'un ou de plusieurs établissements ; / 2° Des créations d'activités nouvelles par l'entreprise ; / 3° Des actions favorisant le reclassement externe à l'entreprise, notamment par le soutien à la réactivation du bassin d'emploi ; / 4° Des actions de soutien à la création d'activités nouvelles ou à la reprise d'activités existantes par les salariés ; / 5° Des actions de formation, de validation des acquis de l'expérience ou de reconversion de nature à faciliter le reclassement interne ou externe des salariés sur des emplois équivalents ; / 6° Des mesures de réduction ou d'aménagement du temps de travail ainsi que des mesures de réduction du volume des heures supplémentaires réalisées de manière régulière lorsque ce volume montre que l'organisation du travail de l'entreprise est établie sur la base d'une durée collective manifestement supérieure à trente-cinq heures hebdomadaires ou 1 600 heures par an et que sa réduction pourrait préserver tout ou partie des emplois dont la suppression est envisagée ". En vertu de l'article L. 1233-57-3 du même code, l'autorité administrative homologue le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi, après avoir notamment vérifié " le respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des articles L 1233-61 à L. 1233-63 en fonction des critères suivants : / 1° Les moyens dont disposent l'entreprise, l'unité économique et sociale et le groupe ; / 2° Les mesures d'accompagnement prévues au regard de l'importance du projet de licenciement ; / 3° Les efforts de formation et d'adaptation tels que mentionnés aux articles L. 1233-4 et L. 6321-1 ".

13. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de vérifier la conformité de ce document et du plan de sauvegarde de l'emploi dont il fixe le contenu aux dispositions législatives et aux stipulations conventionnelles applicables, en s'assurant notamment du respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des dispositions des articles L. 1233-61 à L. 1233-63 du même code. A ce titre, elle doit, au regard de l'importance du projet de licenciement, apprécier si les mesures contenues dans le plan sont précises et concrètes et si, à raison, pour chacune, de sa contribution aux objectifs de maintien dans l'emploi et de reclassement des salariés, elles sont, prises dans leur ensemble, propres à satisfaire à ces objectifs compte tenu, d'une part, des efforts de formation et d'adaptation déjà réalisés par l'employeur et, d'autre part, des moyens dont disposent l'entreprise et, le cas échéant, l'unité économique et sociale et le groupe. A cet égard, il revient notamment à l'autorité administrative de s'assurer que le plan de reclassement intégré au plan de sauvegarde de l'emploi est de nature à faciliter le reclassement des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité. L'employeur doit, à cette fin, avoir identifié dans le plan l'ensemble des possibilités de reclassement des salariés dans l'entreprise. En outre, lorsque l'entreprise appartient à un groupe, l'employeur, seul débiteur de l'obligation de reclassement, doit avoir procédé à une recherche sérieuse des postes disponibles pour un reclassement sur le territoire national dans les autres entreprises du groupe, quelle que soit la durée des contrats susceptibles d'être proposés pour pourvoir à ces postes. Pour l'ensemble des postes de reclassement ainsi identifiés l'employeur doit avoir indiqué dans le plan leur nombre, leur nature et leur localisation.

14. Il ressort des pièces du dossier que le projet de cessation d'activité prévoit la suppression de l'ensemble des 54 postes de l'entreprise et que le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi, homologué par l'autorité administrative, envisage, au titre des mesures de reclassement externe, la prise en charge des frais de déplacement des salariés pour se rendre à un entretien de recrutement à hauteur de 50 euros par entretien et dans la limite de 250 euros par salarié et le remboursement des frais de déménagement à hauteur de 1 500 euros. Des aides au financement des actions de formation et de validation des acquis de l'expérience sont également prévues, telles que la prise en charge des frais de déplacement dans le cadre d'une formation à hauteur de 500 euros maximum par salarié ; une aide aux formations de courte durée dans la limite de 2 000 euros ; une possibilité de prise en charge cumulative des formations de courte durée et des formations certifiantes de moins de 300 heures dans la limite de 3 000 euros par salarié ; une prise en charge des formations de plus de 300 heures (formations qualifiantes, certifiantes et de réorientation professionnelle) dans la limite de 5 000 euros pouvant être portée à 7 000 euros par salarié sur avis de la commission de suivi ; une majoration des budgets de formation à hauteur de 10% pour les salariés âgés de 45 à 50 ans, de 20% pour les salariés âgés de 51 à 55 ans et de 30% pour les salariés âgés de plus de 55 ans et les salariés ne justifiant d'aucun diplôme d'études supérieures ; un doublement des budgets de formation pour les salariés en situation de handicap, une aide à la création ou à la reprise d'entreprise à hauteur de 5 000 euros majorée de 10% pour les salariés âgés de 45 à 50 ans, de 20% pour les salariés âgés de 51 à 55 ans et de 30% pour les salariés âgés de plus de 55 ans et les salariés ne disposant d'aucun diplôme d'études supérieures et pour les salariés en situation de handicap et, pour ces salariés, un doublement du préavis, une invitation de Cap Emploi aux commissions de suivi du plan et un allongement de la durée des aides à la création d'entreprises et à la formation de trois mois.

15. En premier lieu, si le comité social et économique fait valoir que, de façon générale, les mesures d'accompagnement ainsi envisagées sont sans rapport avec la capacité de financement du groupe, ils ne démontrent pas que cette seule circonstance serait de nature à entacher d'insuffisance les mesures proposées alors qu'elles ont été sensiblement améliorées au cours de la procédure de consultation, et par ailleurs que l'autorité administrative s'est prononcée sur la base de la note économique et des comptes de la société mère et de la holding que lui a communiquées la direction de la société et dont la situation déficitaire depuis plusieurs années n'est pas sérieusement contestée.

16. En deuxième lieu, et en particulier, le comité social et économique ne démontre pas en quoi les mesures d'accompagnement prévues seraient insuffisantes en l'absence de mise en place d'une cellule de reclassement dont le caractère obligatoire ne résulte d'ailleurs d'aucun texte ou principe. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le montant du budget alloué à la formation des salariés, soit 2 000 euros par salarié pour les formations de courte durée et les formations certifiantes de moins de 300 heures et entre 5 000 euros par salarié jusqu'à 7 000 euros sur avis de la commission de suivi pour les formations de plus de 300 heures, avec une majoration progressive par tranches d'âges au-delà de 45 ans, serait insuffisant ou ne permettrait pas de financer, pour la majeure partie ou la totalité de leur coût, des formations qualifiantes ou d'adaptation. Ensuite, contrairement à ce que soutient le comité, plusieurs salariés ont bénéficié d'actions de formation depuis 2021 ainsi notamment que le constate l'expert-comptable dans son rapport. De même, la circonstance que les budgets du plan de sauvegarde de l'emploi ont été en partie seulement mutualisés n'est pas de nature à établir l'insuffisance des mesures d'accompagnement qu'il contient. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit plus haut, en l'absence de possibilité de reclassement interne lié à la composition du groupe qui ne dispose pas d'autre filiale en France, la notice d'information détaille les démarches de reclassement externe envisagées par la société en partenariat avec la Fédération nationale du négoce de l'ameublement et de l'équipement de la maison, les syndicats et organismes professionnels concernés, les entreprises partenaires et les sociétés concurrentes. Cette notice précise également que les postes identifiés seront communiqués aux salariés qui seront par la suite invités à transmettre leur candidature et il ressort des pièces du dossier que sept des sociétés concurrentes interrogées par la direction le 16 novembre 2023 ont proposé des postes vacants situés en Ile de France et qu'une première liste de postes disponibles a été diffusée auprès des salariés le 24 novembre 2023. Par conséquent, le comité social et économique requérant n'est pas fondé à soutenir que la direction de la société The Conran Shop n'aurait pas entrepris des démarches effectives en vue du reclassement externe des salariés.

17. En troisième lieu et enfin, il ressort des pièces du dossier que les préconisations de l'autorité administrative formulées en particulier dans un courrier du 20 novembre 2023 ont été largement suivies par la direction de la société qui a, notamment, précisé les moyens du groupe, prévu des majorations des mesures d'accompagnement pour les salariés âgés ou présentant des caractéristiques sociales ou de qualification spécifiques, augmenté le montant de l'aide à la formation de longue durée, allongé la durée du dispositif de reclassement externe des salariés et précisé l'articulation entre les différents budgets de formation. Dans ces conditions, quand bien même les préconisations de mutualisation des budgets du plan et de mise en place d'une cellule de reclassement, qui n'ont pas de caractère obligatoire, n'ont pas été suivies, ou celles de l'aide à l'achat d'une suite logicielle à chaque salarié, les mesures prises dans leur ensemble sont précises et concrètes et propres à satisfaire les objectifs de maintien dans l'emploi et de reclassement des salariés.

18. Il suit de là que le comité social et économique n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'illégalité au motif que le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit des mesures en matière d'accompagnement insuffisantes au regard des moyens de l'entreprise et du groupe auquel elle appartient, des efforts de formation et d'adaptation réalisés antérieurement au projet de licenciement et, plus généralement, des préconisations de l'autorité administrative.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 décembre 2023 et de la décision du 4 mars 2023 en tant qu'elle homologue le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi avec effet rétroactif doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de la société The Coran Shop SAS les frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du comité social et économique de la société The Conran Shop SAS est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société The Conran Shop SAS relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au comité social et économique de la société The Conran Shop SAS, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société The Conran Shop SAS.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

Mme Merino, première conseillère,

Mme Renvoisé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

M. MERINO

Le président,

J.-Ch. GRACIALa greffière,

S. TIMITE

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403837/3-3

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