mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2404079 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 février et 4 mars 2024, M. A B, représenté par Me Morel, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors qu'au regard de la jurisprudence cette condition est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour et que la décision a des conséquences d'une extrême gravité sur sa situation personnelle et professionnelle ; en effet, en raison de l'irrégularité de sa situation, il risque de perdre son emploi et s'est vu suspendre le bénéfice des indemnités qu'il percevait au titre de l'allocation adulte handicapé ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police ; en effet, la décision n'a pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour ; la procédure devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière dès lors que la régularité des signatures électroniques apposées sur l'avis du collège de l'OFII n'est pas établie et il n'est pas possible de vérifier l'existence et les mentions du rapport du médecin de l'OFII, sa transmission au collège des médecins pour avis ainsi que la compétence du médecin ayant rédigé le rapport médical ; elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ; elle méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ; elle méconnait les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.
Le préfet de police a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 4 mars 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le dossier de la requête au fond enregistrée le 5 janvier 2024 sous le n° 2400331 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 6 mars 2024, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :
- le rapport de M. Fouassier,
- les observation de Me Morel, représentant M. B, qui maintient ses conclusions et moyens,
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, l'urgence n'étant pas caractérisée et aucun des moyens soulevés n'étant fondé.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né le 2 janvier 1980, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable d'avril 2022 à avril 2023 portant la mention " vie privée et familiale ". Le 14 avril 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre auprès des services de la préfecture de police et s'est vu remettre plusieurs récépissés dont le dernier était valable jusqu'au 2 février 2024. Par un arrêté du 27 novembre 2023, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En premier lieu, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Il est constant que M. B a été titulaire d'une carte de séjour temporaire valable d'avril 2022 à avril 2023, dont il a sollicité le renouvellement. En outre, M. B établit, d'une part, que son employeur menace de mettre fin à son contrat de travail et, d'autre part, que la décision a pour effet de le priver de certains droits sociaux tels que l'allocation aux adultes handicapées dont il ressort des pièces du dossier qu'elle a été suspendue à compter du mois de janvier 2024. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
6. M. B, qui a notamment présenté sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, déclare être entré en France en 2003 et produit de nombreuses pièces concordantes, précises et diversifiées, témoignant de sa présence sur le territoire français depuis son arrivée il y a vingt ans, justifiant ainsi d'au moins dix ans de présence effective sur le territoire. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet de police ne pouvait légalement refuser de renouveler le titre de séjour de M. B sans saisir au préalable la commission du titre de séjour est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
9. Dans l'attente qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée, eu égard aux motifs de la présente ordonnance et à l'office du juge des référés, la suspension prononcée implique seulement d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de délivrer à l'intéressé dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat est ainsi fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 100 euros à Me Morel en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Morel de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.
O R D O N N E
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 27 novembre 2023 est suspendue, en tant qu'il rejette la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 100 euros à Me Morel en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Morel de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Morel et au préfet de police.
Fait à Paris le 19 mars 2024.
Le juge des référés,
C. FOUASSIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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