mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2404087 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VI VAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 février 2024 et le 28 février 2024, Mme B A, représentée par Me Vi Van, demande à la juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugiée ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur la recevabilité :
- la requête au fond est recevable ;
Sur l'urgence :
- elle ne peut justifier de la régularité de son séjour et elle est confrontée à un risque d'éloignement, alors même que lui a été reconnue la qualité de réfugiée ;
- l'exécution du contrat de travail qu'elle a conclu le 8 septembre 2023 a été suspendue, ce qui la prive de revenus à hauteur de 400 euros environ par mois ;
- le versement des prestations qui lui sont accordées par la caisse d'allocations familiales et l'assurance maladie a été suspendu ;
- les refus de renouvellement de l'attestation dont elle était titulaire et de délivrance d'un titre de séjour ont pour effet de la priver de ressources et de la placer dans une situation de grande difficulté financière ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision litigieuse méconnaît les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-2, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet de police n'a pas à attendre que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides lui délivre des actes d'état civil pour lui octroyer une carte de résident, dès lors qu'il lui appartient de prendre attache avec l'Office pour obtenir l'attestation d'état civil en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte de la requête et au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la demande de carte de résident de la requérante est toujours en cours d'instruction ;
- Mme A a été mise en possession, le 23 février 2024, d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 22 mai 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête enregistrée sous le numéro 2404088 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision litigieuse.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 28 février 2024, en présence de Mme Tilly, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante éthiopienne née le 15 mars 1998, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du 21 juillet 2023 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Elle a déposé, le 7 août 2023, une demande de titre de séjour en qualité de réfugiée sur la plateforme de l'Administration Numérique pour les Étrangers en France (ANEF). Son dossier étant complet, elle s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle valable jusqu'au 6 février 2024. Mme A n'est pas parvenue à obtenir le renouvellement de cette attestation malgré ses nombreuses demandes adressées en ce sens au préfet de police. La requérante, qui fait valoir qu'une décision implicite de refus de sa demande de titre de séjour est née du silence gardé par le préfet de police, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les autres conclusions de la requête :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".
5. La requérante fait valoir qu'elle justifie d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elle ne peut pas justifier de la régularité de son séjour, qu'elle est confrontée à un risque d'éloignement alors même que lui a été reconnue la qualité de réfugiée, que le contrat de travail qu'elle a conclu le 8 septembre 2023 a été suspendu et qu'elle ne bénéficie plus des prestations accordées par la caisse d'allocations familiales et l'assurance maladie. Cependant, il résulte de l'instruction que le préfet de police a, le 23 février 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, délivré une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de la date de titre de séjour présentée par la requérante et que cette attestation est valable jusqu'au 22 mai 2024. Ainsi, à la date de la présente ordonnance, à laquelle doit être appréciée la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, cette condition ne peut être regardée comme étant remplie, dès lors que la requérante peut justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Vi Van et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 5 mars 2024.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2404087/6