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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2404357

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2404357

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2404357
TypeDécision
Avocat requérantCABINET POUPET & KACENELENBOGEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 février 2024, le 11 mars 2024 et le 14 mars 2024, l'association La Cimade, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 8 décembre 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) a refusé de lui communiquer les documents demandés ainsi que celle de l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) du 11 janvier 2024 en tant qu'il a estimé que certains de ces documents ne sont pas communicables ou le sont après occultation ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer sa demande de communication de ces documents, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communication qui lui a été faite des " annexes 3 " intitulé suivi d'activité pour les demandeurs d'asile " du marché public des structures de premier accueil pour le quatrième trimestre 2022 et pour le premier semestre 2023 par lots " n'a été que partielle ;

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors qu'il existe un intérêt public à la diffusion de ces données et que le refus de communication de ces documents porte une atteinte manifeste aux intérêts qu'elle entend défendre ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; elle porte atteinte à la liberté d'information et au droit d'accès aux documents administratifs résultant de l'article 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 311-1, L. 312-1-1, L.312-2, R. 312-6 et R. 312-7 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'une erreur de fait ;

- les fins de non-recevoir opposées en défense ne sont pas fondées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2024 et le 14 mars 2024, l'OFII représenté par la SCP Poupet et Kacenelenbogen, conclut :

- à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension de la décision du 8 décembre 2023 ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il a entièrement communiqué les documents intitulés " annexes 3 " intitulé suivi d'activité pour les demandeurs d'asile " du marché public des structures de premier accueil pour le quatrième trimestre 2022 et pour le premier semestre 2023 par lots " ;

- la requête est irrecevable, d'une part, en tant qu'elle porte sur l'avis de la commission d'accès aux documents administratif (CADA) lequel ne présente pas le caractère d'une décision administrative faisant grief et, d'autre part, en tant qu'elle porte sur des documents communiqués avant son introduction ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête n° 2404361 par laquelle l'association requérante demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert ;

- les observations de M. B pour l'association requérante qui reprend la même argumentation que précédemment et demande en outre à ce qu'il soit enjoint au directeur général de l'OFII de lui communiquer les documents demandés ;

- les observations de Me Poupet et de Mme A pour le directeur général de l'OFII qui reprennent la même argumentation que précédemment et font valoir, en outre, que les demandes de l'association requérante présentent en raison de leur multiplicité un caractère abusif, que le délai de communication que l'OFII se fixe, à savoir le mois de janvier, est adaptée pour des données qui sont consolidées chaque année au mois de décembre, que les données demandées sont des données mensuelles qui présentent un caractère provisoire jusqu'à leur consolidation annuelle, qu'il n'y a pas eu de demande de la Cimade en vue d'obtenir les données par structure et, enfin, qu'il n'existe pas de recensement statistique des refus et retraits des conditions matérielles d'accueil par catégorie de refus.

Une note en délibéré a été enregistrée le 19 mars 2024 pour le directeur général de l'OFII.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 27 novembre 2023, l'association La Cimade a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'un refus du directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui communiquer des documents statistiques sur les demandeurs d'asile et la commission a émis, le 11 janvier 2024, un avis favorable à la communication de certains de ces documents, le cas échéant après occultation, et un avis défavorable compte tenu de l'inexistence ou de l'impossibilité d'obtenir par simple extraction d'une base de données pour les autres documents. Le 8 décembre 2023, le directeur général de l'OFII a maintenu son refus de communiquer certains documents compte tenu de leur inexistence. Par la présente requête, l'association La Cimade demande la suspension de la décision du 8 décembre 2023 par laquelle le directeur général de l'OFII a refusé de faire droit à sa demande de communication ainsi que celle de l'avis de la CADA du 11 janvier 2024.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que, si l'association La Cimade fait valoir que " les annexes 3 " intitulé suivi d'activité pour les demandeurs d'asile " du marché public des structures de premier accueil pour le quatrième trimestre 2022 et pour le premier semestre 2023 par lots " ne lui ont été communiquées que partiellement et qu'elles l'ont été par lots et non pas par structures, sa demande ne portait pas sur l'obtention de ces documents par structures. Dès lors, il suit de là que, pour cette catégorie de documents, la communication à laquelle l'OFII a procédé en cours d'instance est suffisante. Il suit de là que la requête est devenue sans objet sur ce point. Dès lors, il n'y a plus lieu, dans cette mesure, d'y statuer.

3. En revanche, le surplus des conclusions à fin de suspension et d'injonction de La Cimade n'est pas devenu sans objet. Il y a lieu, dès lors, d'y statuer.

Sur les fin de non-recevoir :

4. Lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, cette décision ne peut être déférée directement devant le juge de l'excès de pouvoir mais doit faire l'objet d'un recours préalable obligatoire sous forme de saisine de la CADA dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision explicite ou suivant l'expiration de ce délai en cas de décision implicite. En raison du caractère obligatoire du recours préalable, la décision née du silence gardé par l'administration à l'issue du délai de deux mois à compter de l'enregistrement de la saisine de la commission valant confirmation de la décision de refus initiale, se substitue à cette dernière. Toutefois, seule cette dernière décision est susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, l'avis émis par la CADA ne constituant pas une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par le directeur général de l'OFII tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis de la CADA du 11 janvier 2024 doit être accueillie.

5. Par un courrier du 25 janvier 2024, l'OFII a adressé à l'association La Cimade une série d'indicateurs statistiques. Il résulte de l'instruction que cet envoi peut être regardé comme constituant une communication suffisante des documents connu sous le nom d'indicateurs synthétiques du DNA demandés dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions de la requête portant sur ces documents communiqués à l'association requérante le 25 janvier 2024, soit antérieurement à l'introduction de la requête, sont dépourvues d'objet. La fin de non-recevoir opposée par le directeur général de l'OFII tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions doit, dès lors, être accueillie.

Sur les conclusions à fin de suspension :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. ".

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

8. Selon l'article I de ses statuts " La Cimade a pour but de manifester une solidarité active avec les personnes opprimées et exploitées. Elle défend la dignité et des droits des personnes réfugiées et migrantes ()/()/ La Cimade met en œuvre tous les moyens propres à atteindre ses buts, y compris par des actions de témoignage, d'éducation ou de formation () ". Il résulte de l'instruction que les documents dont l'association La Cimade demande la communication porte sur les données statistiques disponibles les plus récentes relatives au traitement des demandes d'asile en France et à la situation des demandeurs d'asile en France et que, ces données étant très évolutives et les délais dans lesquels l'association parvient à en obtenir la communication lorsque l'administration estime pouvoir les communiquer étant relativement longs, la poursuite de son action, telle qu'elle est définie par l'article I de ses statuts, justifie qu'elle en demande la communication dans le cadre d'un référé suspension pour lequel la condition d'urgence se trouve ainsi remplie.

9. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision refusant la communication du nombre de refus et de retraits des conditions matérielles d'accueil par catégorie de refus.

10. En revanche, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle de l'affirmation selon laquelle l'OFII n'a pas rédigé en 2022 et en 2023, soit pendant deux ans, de " documents de formation interne, instructions, notes, lignes directrices ou tout autres documents s'en approchant " est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de refusant la communication de ces documents.

11. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution du refus du directeur général de l'OFII de communiquer à La Cimade les " documents de formation interne, instructions, notes, lignes directrices ou tout autres documents s'en approchant " établis en 2022 et en 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard au motif retenu au point 10 et à l'office du juge des référés, il y a seulement lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer la demande de communication de l'association requérante portant sur les " documents de formation interne, instructions, notes, lignes directrices ou tout autres documents s'en approchant " établis en 2022 et en 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement à La Cimade de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête portant sur les documents intitulés " annexes 3 suivi d'activité pour les demandeurs d'asile " du marché public des structures de premier accueil pour le quatrième trimestre 2022 et pour le premier semestre 2023 par lots ".

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle directeur général de l'OFII a rejeté la demande de communication à La Cimade des " documents de formation interne, instructions, notes, lignes directrices ou tout autres documents s'en approchant " établis en 2022 et en 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de procéder au réexamen de la demande de communication à La Cimade des " documents de formation interne, instructions, notes, lignes directrices ou tout autres documents s'en approchant " établis en 2022 et en 2023 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'OFII versera à l'association La Cimade la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association La Cimade et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Fait à Paris, le 26 mars 2024.

La juge des référés,

S. Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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