mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2404515 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DE GRAZIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 25 février et
26 mars 2024, Mme B, représentée par Me De Grazia, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la fabrication du titre ;
3°) à titre subsidiaire, d'instruire sa demande de carte de séjour pluriannuelle et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer la carte de séjour pluriannuelle comme bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 26 janvier 2023, soit dans le délai de trois mois à compter de la décision de l'OFPRA lui reconnaissant le bénéfice de la protection subsidiaire, qu'elle est maintenue en situation d'extrême précarité depuis plus d'un an, qu'elle peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne peut pas bénéficier des droits sociaux qui lui sont ouverts, à l'exception du RSA, qu'elle ne peut pas exercer la profession de son choix et que sa demande de logement social est suspendue jusqu'à la délivrance d'un titre de séjour ;
- la mesure demandée est utile dès lors qu'elle se trouve dans l'impossibilité d'obtenir la délivrance du titre de séjour sollicité et d'un récépissé l'autorisant à travailler, malgré les nombreuses sollicitations faites ;
- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par une décision du 13 mars 2024, le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ukrainienne, née le 17 mai 1987, entrée en France le
26 mars 2018 selon ses déclarations, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 26 octobre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et a déposé le 24 mai 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. N'étant pas parvenue à obtenir la délivrance du titre de séjour sollicité, ni d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler,
Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou à titre subsidiaire d'instruire sa demande de carte de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 13 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B. Par suite, les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la demande de référé :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 511- 1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire ".
4. En premier lieu, Mme B présente des conclusions tendant à ordonner à l'autorité administrative la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Le prononcé d'une telle mesure, qui ne présente pas un caractère provisoire, excède la compétence du juge des référés. Par suite, les conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour ne peuvent qu'être rejetées.
5. En second lieu, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
6. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de séjour pluriannuelle, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-9 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-11. (). ". En outre, aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. /(). ".
7. Il résulte de l'instruction que le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé à Mme B par une décision du directeur général de l'OFPRA, en date du 26 octobre 2022. Le 24 mai 2023, Mme B a déposé une demande de titre de séjour, sans qu'elle soit mise en possession d'un récépissé. La requérante justifie avoir tenté, en vain, depuis plusieurs semaines, d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture de police pour que le récépissé lui soit remis. Eu égard à la circonstance que Mme B est bénéficiaire de la protection subsidiaire, et qu'elle se trouve en situation régulière sur le territoire français, que la condition d'urgence et d'utilité sont remplies, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de l'ordonnance, afin de la recevoir et la mettre en possession, dans l'hypothèse où le dossier de demande de titre qu'elle a déposé est complet, de l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler qu'elle sollicite. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il résulte de ce qui a été dit que Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me De Grazia, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me De Grazia d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de fixer un rendez-vous à Mme B, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de l'ordonnance, afin de la recevoir et la mettre en possession, dans l'hypothèse où le dossier de demande de titre qu'elle a déposé est complet, de l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler qu'elle sollicite.
Article 3 : L'Etat versera à Me De Grazia une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me De Grazia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me De Grazia.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 14 mai 2024.
La juge des référés,
A. Perrin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2404515/9