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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2404545

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2404545

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2404545
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantDUPUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, complémentaires enregistrées le 26 février 2024 et les 10, 15 et 24 avril 2024, M. A B, représenté par Me Dupuy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délais, a fixé le pays à destination duquel il pourra sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Dupuy, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce, le cas échéant, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 avril 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant russe né le 16 juillet 1987, est entré en France en 2009 selon ses déclarations. Il a été mis en possession d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", valable du 3 mars 2015 au 2 mars 2016, qui a été renouvelé et dont le dernier a expiré le 20 janvier 2022. M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et du 11° du L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 novembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de police :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " - L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " Aux termes de l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de quarante-huit heures, à compter de leur notification par voie administrative. Par suite, la notification d'une telle décision à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, alors même qu'elle comporte l'indication de ce délai de recours contentieux, n'est pas de nature à le faire courir.

4. Il est constant que l'arrêté du 28 novembre 2023 a été notifié par la préfecture de police à M. B par la voie postale et non par la voie administrative. Il suit de là que le délai de recours contentieux de quarante-huit heures n'est pas opposable à l'intéressé. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :

Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence de l'étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (). "

6. Pour refuser la demande de renouvellement présentée par M. B, le préfet de police s'est fondé exclusivement, sans examiner la situation de l'intéressé, sur le motif tiré de ce que la présence de l'intéressé était constitutive d'une menace pour l'ordre public, dès lors, d'une part, qu'il a été condamné, une première fois, le 14 février 2011, à trois mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris, pour des faits de vol et, une seconde fois, le

30 août 2011, par le même tribunal, à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol, en état de récidive ayant conduit à la révocation de plein droit de son sursis, et d'entrée ou séjour irrégulier en France et, d'autre part, qu'il est défavorablement connu des services de police pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants, faits commis le 19 octobre 2009, vol à l'étalage les 2 avril, 13 avril, 16 juin et 3 juillet 2010 et pour port ou transport illégal d'arme de catégorie 6, menace matérialisée de délit contre les personnes dont la tentative est punissable, faits commis le

27 août 2011. Toutefois, il est constant, ainsi que le fait valoir le requérant, que le préfet de police n'établit pas, par les pièces produites en défense, la matérialité des faits pour lesquels M. B est défavorablement connu des services de police. En tout état de cause, les faits, à les supposer établis, qui sont reprochés à l'intéressé sont anciens et ne permettent pas, à eux-seuls, de nature à caractériser, à la date de l'arrêté, la menace actuelle pour l'ordre public. De plus, ainsi qu'il ressort du casier judicaire B2 de M. B, les faits pour lesquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris datent de 2011, soit treize ans à la date de l'arrêté. Dès lors, compte tenu de ce qui précède, de l'absence d'autre condamnation de l'intéressé depuis le

30 août 2011, date de sa dernière condamnation et de la nature de la peine prononcée à l'encontre de M. B, en dépit de la récidive, M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de police, qui n'a pas procédé à l'examen complet de sa demande, a refusé de lui renouveler son titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 28 novembre 2023 dans son ensemble.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. D'une part, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. B afin que sa demande de renouvellement puisse être examinée sur le fondement sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement.". Enfin, en vertu de l'article 7 de ce décret du 28 mai 2010, les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont notamment effacées sans délai en cas d'extinction du motif de l'inscription.

10. Il résulte des dispositions citées au point 9 que l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de faire procéder à cet effacement, dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Dupuy, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Dupuy d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 28 novembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de faire procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Dupuy une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Dupuy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dupuy et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure ;

- Mme Leravat, conseillère ;

- Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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