mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2404602 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET WENGER-FRANCAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2024, M. C D, représenté par le cabinet Callon avocat, demande au juge des référés du tribunal :
1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'hôpital Franco-britannique, du docteur A G et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer les préjudices qu'il a subis lors de prise en charge à l'hôpital Bichat et à l'hôpital Franco-britannique le 6 novembre 2021, et de déterminer les responsabilités encourues ;
2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix et devra déposer un pré rapport ;
3°) d'enjoindre aux parties de communiquer aux autres parties les documents de toute nature qu'elles adresseront à l'expert pour établir le bien fondé de leurs prétentions.
Il soutient que :
- il a chuté le 6 novembre 2021 en trottinette électrique et a été conduit à l'hôpital Bichat qui n'a pas détecté de signe de fracture du poignet droit, puis s'est présenté aux urgences de l'hôpital Franco-britannique où un examen radiographique n'a pas montré de fracture, alors que devant la douleur une IRM a mis en évidence une fracture non consolidée le 2 avril 2022 ;
- dans la perspective d'une action en responsabilité la conduite d'une expertise est utile.
Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2024, l'hôpital Franco-britannique-fondation Cognacq Jay, représenté par le cabinet Apex avocats, informe le juge des référés qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire. Il demande de mettre à la charge de M. D les frais et honoraires de l'expert.
Par un mémoire, enregistré le 23 mai 2024, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) informe le juge des référés qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire.
Par un mémoire, enregistré le 20 juin 2024, le docteur A G, représenté par le cabinet d'avocats Wenger-Français, informe le juge des référés qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, aux frais avancés du requérant, fait part de ses protestations et réserves d'usage et demande à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction "
2. M. D, né le 10 septembre 2003, a chuté à trottinette électrique le 6 novembre 2021 et a été transporté à l'hôpital Bichat par les pompiers. Il en est ressorti le même jour, suite à un examen traumatologique qui n'a pas relevé de signe de fracture. Devant la douleur au poignet droit, M. D s'est présenté le même jour au service des urgences de l'hôpital Franco-britannique-fondation Cognacq Jay, qui a pratiqué une radiographie sans mettre de fracture en évidence. Devant la persistance des douleurs et leur augmentation, une IRM pratiquée le 2 avril 2022 a montré une fracture qui a nécessité, le 6 mai 2022, une opération d'une pseudarthrose du scaphoïde droit. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge, M. D sollicite la désignation d'un expert.
3. La demande d'expertise présentée par M. D entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions de M. D tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.
5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité. Par suite, les conclusions de M. D et de l'hôpital Franco-britannique-fondation Cognacq Jay, tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'expert de déposer un pré rapport doivent être rejetées.
6. La production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de l'AP-HP tendant à ce que le juge des référés demande à la caisse primaire d'assurance maladie de produire ce relevé.
7. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande présentée par l'hôpital Franco-britannique-fondation Cognacq Jay, tendant à faire supporter les frais d'expertise par M. D, et celle présentée par le docteur G de mettre l'allocation provisionnelle à la charge de
M. D doivent être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
ORDONNE :
Article 1er : M. E B (chirurgien orthopédique), exerçant 4, place Général Leclerc à Orsay (91401), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de M. D, de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, de l'hôpital Franco-britannique, du docteur A G et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, de :
1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. D et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge à l'hôpital Bichat puis par l'hôpital Franco-britannique, et décrire les motifs de cette admission ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ainsi qu'à son examen clinique ; entendre ses doléances ;
2 °) décrire l'état de santé de M. D à son admission à l'hôpital Bichat puis le même jour à l'hôpital Franco-britannique, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans ces établissements ; dire si sa prise en charge a, à chaque fois, été conforme aux règles de l'art ; décrire l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, et la conformité de la prise en charge de l'intéressé aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;
4°) de déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de M. D ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. D une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;
6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par M. D notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; évaluer l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac et les chiffrer précisément ;
a) dire si l'état de M. D est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;
b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de M. D en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;
c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. D en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;
d) déterminer l'incidence professionnelle ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel ;
e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;
f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;
g) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. D à raison des faits en litige.
Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles
R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourront tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 28 février 2025, par le biais de la plateforme prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, à l'hôpital Franco-britannique, au docteur A G, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, et à M. E B, expert.
Fait à Paris, le 16 juillet 2024.
La juge des référés,
M. DHIVER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404602/11-6