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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2404664

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2404664

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2404664
TypeOrdonnance
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, M. B A, représenté par Me De Seze, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de prendre les mesures nécessaires, dans un délai de quarante-huit heures et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, afin que les conditions matérielles d'accueil soient octroyées au requérant, non seulement le versement de l'allocation mais également un hébergement adapté à sa situation personnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dès lors qu'il est dépourvu de ressource et vit à la rue, qu'il est particulièrement vulnérable et isolé du fait de troubles psychiatriques et physiologiques et qu'il ne s'est pas lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile, et à sa dignité. En outre, les articles L.551-8, L.551-15 et L.553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque, notamment, la condition d'urgence n'est pas remplie.

4. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence particulière qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très bref délai.

5. M. A, ressortissant afghan né le 14 mai 1994, fait valoir qu'il est entré sur le territoire français une première fois en 2009 et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2017 qu'il a exécuté. Il est revenu en France en août 2023 par la Grèce selon ses déclarations. Il s'est vu notifier un arrêté portant interdiction d'entrée sur le territoire français. Il indique avoir déposé une demande d'asile le 15 septembre 2023 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), qui aurait été rejetée par une décision du 20 septembre suivant contre laquelle il a formé un recours le 23 décembre 2023. La préfecture a par la suite délivré à l'intéressé une attestation de demande d'asile en procédure accélérée qui mentionne une date de première demande au 29 janvier 2024. Son conseil a sollicité le versement des conditions matérielles d'accueil à compter du 17 janvier 2024, sans réponse de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il aurait été indiqué à M. A à l'oral que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ne pouvait lui être accordé en raison de la tardiveté de sa demande d'asile.

6. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. A, qui est célibataire sans enfants à charge, fait état de sa précarité et de sa vulnérabilité au regard de son état de santé psychologique et physiologique. Toutefois, si les pièces produites par le requérant font état d'une baisse d'acuité à un œil ainsi que d'une fragilité psychique justifiant son suivi par une équipe mobile de psychiatrie depuis décembre 2023, ces éléments ne permettent pas de justifier, en l'état de l'instruction, d'une situation d'urgence liée au refus des conditions matérielles d'accueil telle qu'elle justifierait l'intervention du juge des référés statuant dans les délais les plus brefs prévus à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, alors que le requérant peut, s'il s'y croit fondé, saisir le juge des référés dans le cadre du référé suspension prévu aux dispositions de l'article L. 521-1 du même code. Par suite, la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour obtenir une décision dans un délai de quarante-huit heures n'est pas remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions autres que celles présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, et à Me De Seze.

Fait à Paris, le 29 février 2024.

Le juge des référés,

B. Rohmer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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