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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2404875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2404875

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2404875
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantANSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2402072 du 20 février 2024, enregistrée le 29 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Paris, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par M. C D.

Par une requête, enregistrée le 16 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. D demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 15 février 2024 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreur de fait, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 22 et 23 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marik-Descoings a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sénégalais né le 26 août 1997, a fait l'objet le 15 février 2024 d'un arrêté par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A hite au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°23 de la préfecture du 14 au 25 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature aux fins de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. D, elles lui permettent de comprendre les motifs des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Pour prendre sa décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la préfète du Val-de-Marne s'est uniquement fondée sur la circonstance que M. D n'avait pas sollicité la délivrance un titre de séjour sur le territoire français après son entrée irrégulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal établi le 15 février 2024, communiqué par les services préfectoraux eux-mêmes, qu'aux termes des recherches effectuées par les services de police dans le fichier national des étrangers, qu'un dossier étranger a été enregistré à son nom par la préfecture de Bordeaux et que l'intéressé s'est vu délivré une attestation de demande d'asile valable du 2 juin au 1er juillet 2021, établissant ainsi avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, M. D est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'erreur de fait.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire et, par voie de conséquence, la décision par laquelle elle lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme au bénéfice de M. D.

D E C I D E

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions en date du 15 février 2024 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée,

N. MARIK-DESCOINGSLa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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