vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405023 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | POULY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2311451 du 29 février 2024, le tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Paris la requête et le mémoire enregistrés les 29 et 31 octobre 2023, présentés par M. A B représenté par Me Pouly.
Par cette requête et ce mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris le 4 mars 2024, M. B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande du 18 février 2023 de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " et de délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-Union européenne " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-Union européenne " ou, le cas échéant, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il démontre remplir les conditions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour pouvoir prétendre à une carte de résident de dix ans portant la mention " résident de longue durée-Union européenne " dès lors qu'il justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie ;
- il démontre remplir les conditions lui permettant d'obtenir le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " dès lors qu'il justifie d'un diplôme de master, d'un contrat de travail avec une rémunération supérieure au seuil fixé par les textes et que l'emploi qu'il occupe est en rapport avec ses qualifications.
Le préfet du Val-de-Marne a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 30 avril 2024.
Le préfet de police a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 6 décembre 2024.
Par une ordonnance du 6 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 24 janvier 2025 le rapport de M. Medjahed, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant béninois né le 4 septembre 1993, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 21 novembre 2016 au 20 novembre 2018 puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " valable du 9 mai 2019 au 8 mai 2023. Il n'est pas contesté qu'il a demandé, lors du dépôt, le 18 février 2023, de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, non seulement le renouvellement de cette carte mais aussi la délivrance d'une demande de carte de résident portant la mention " résident de longue durée-Union européenne " sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que son dossier était complet. Conformément à l'article R. 432-2 de ce code, une décision implicite de rejet est née le 18 juin 2023 du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de police, territorialement compétent pour prendre la décision, le requérant résidant à Paris à cette date. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté ses demandes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité professionnelle salariée et a obtenu, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat. / Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée ayant justifié sa délivrance. / () ". Aux termes de l'article L. 421-10 du même code : " L'étranger qui est recruté dans une jeune entreprise innovante réalisant des projets de recherche et de développement, telle que définie à l'article 44 sexies-0 A du code général des impôts, ou dans une entreprise innovante reconnue par un organisme public pour exercer des fonctions en lien avec le projet de recherche et de développement de cette entreprise ou avec son développement économique, social, international et environnemental se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat. / Les critères permettant à un organisme public de reconnaître une entreprise innovante sont définis par décret et leur liste est publiée par voie réglementaire. / Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée ayant justifié sa délivrance. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B, titulaire d'un master de sciences, technologies, santé mention informatique, travaille depuis le 1er septembre 2022 en qualité de cadre relevant de la convention collective des bureaux d'études techniques dans le cadre d'un contrat de travail en portage salariale à durée indéterminée et que sa rémunération mensuelle nette après impôt sur le revenu varie de 3 966,18 euros à 13 947,72 euros. Il soutient qu'il continuait toujours, à la date de la décision attaquée, à remplir toutes les conditions légales et réglementaires pour prétendre au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent ". Ces faits, dont l'inexactitude ne ressort pas des pièces du dossier, ne sont pas contestés par le préfet de police qui, n'ayant pas produit de mémoire en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 décembre 2024, se trouve en situation d'acquiescement aux faits. Par suite, en refusant de renouveler la carte de séjour pluriannuelle dont M. B bénéficiait, le préfet de police a entaché sa décision d'illégalité.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / Les années de résidence sous couvert d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " retirée par l'autorité administrative sur le fondement d'un mariage ayant eu pour seules fins d'obtenir un titre de séjour ou d'acquérir la nationalité française ne peuvent être prises en compte pour obtenir la carte de résident prévue au premier alinéa. / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Enfin, aux termes de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont exigées au titre des pièces justificatives pour la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " : " () / - justificatifs de séjour régulier et ininterrompu en France de cinq ans : titres de séjour et récépissés de renouvellement, certificats de scolarité, avis d'imposition, etc. ; si vous êtes titulaire d'une " carte bleue européenne " (CBE), une partie de ces 5 ans peut avoir lieu sur le territoire d'un autre Etat membre de l'Union européenne mais les deux années de séjour précédant la demande de délivrance de la carte de résident doivent être effectuées en France ; si vous êtes réfugié ou titulaire de la protection subsidiaire, le calcul de la durée de cinq ans commence à la date du dépôt de la demande d'asile ; / - justificatifs de ressources : justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) ; si vous êtes titulaire de l'allocation adultes handicapés (AAH) ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) vous devez joindre les justificatifs attestant de votre qualité d'allocataire ; / - justificatif d'assurance-maladie : carte d'assurance-maladie ou attestation d'assurance-maladie ; / -justificatifs de l'intégration républicaine : déclaration sur l'honneur de respect des principes régissant la République française (remis en préfecture) et diplôme ou certification mentionné dans la liste définie par l'arrêté INTV1805032A du 21 février 2018 permettant d'attester de la maitrise du français à un niveau au moins égal au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues, sauf si vous êtes âgé de plus de 65 ans ou êtes affecté d'une pathologie rendant impossible le passage d'un test linguistique ; / () ".
5. M. B soutient remplir les conditions pour la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-Union européenne ", notamment avoir résidé de manière régulière et ininterrompue sur le territoire français pendant les cinq années précédant la décision attaquée, soit du 18 juin 2018 au 18 juin 2023, justifier de ressources suffisantes, stables et régulières pour subvenir à ses besoins durant cette période et d'une assurance maladie. Le préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 décembre 2024, est ainsi réputé avoir acquiescé aux faits dont l'inexactitude ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance de cette carte de résident, le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite du préfet de police du 18 juin 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'autorité territorialement compétente délivre à M. B une carte de résident de dix ans portant la mention " résident de longue durée-Union européenne " sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative il y a lieu de lui enjoindre de la délivrer dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet de police du 18 juin 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'autorité territorialement compétente de délivrer à M. B une carte de résident de dix ans portant la mention " résident de longue durée-Union européenne " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
N. MEDJAHED
La présidente,
Signé
S. AUBERT
La greffière,
Signé
A. LOUART
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025