mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405159 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | SCALBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2402976 du 4 mars 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête, enregistrée le 1er mars 2024 de M. A B au tribunal administratif de Paris,
Par cette requête et un mémoire enregistrés au tribunal administratif de Paris les 4 mars et 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Scalbert demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de l'intéressé au fichier SIS ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal dès lors qu'il ne justifie pas d'un risque de fuite et en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;
- le préfet a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de placement en rétention administrative est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rebellato en application de l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, premier conseiller,
- et les observations de Me Scalbert, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 28 février 2024, le préfet des Hauts-de Seine a obligé M. B, né le 16 octobre 1988, de nationalité égyptienne, à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() "
3. L'obligation faite à M. B de quitter le territoire français est fondée sur le motif tiré de ce que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis décembre 2013. Le requérant est marié avec une compatriote depuis 2007 et cinq enfants sont nés de cette union les
8 juin 2008, 12 avril 2011, 25 novembre 2013, 16 juillet 2016 et 11 novembre 2018. Les deux derniers enfants sont nés en France. Il justifie à cet égard d'une communauté de vie avec sa femme et ses enfants qui sont scolarisés en France. Par ailleurs, le requérant travail en qualité d'électricien par un contrat à durée indéterminée conclu le 3 mars 2021. Il ressort enfin des pièces du dossier que le requérant a voulu régulariser sa situation en formant une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 3 février 2023 et que sa femme a également sollicité un titre de séjour qui est en cours d'instruction. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision en date du
28 février 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
5. Eu égard au motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Par ailleurs, l'annulation prononcée par le présent jugement implique que le préfet des Hauts-de-Seine supprime sans délai l'inscription de non admission de M. B au fichier d'information Schengen.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 février 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour et de supprimer sans délai l'inscription de non admission de M. B au fichier d'information Schengen.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
Le magistrat désigné,
J. REBELLATO
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.