mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405516 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | THISSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 8 mars 2024 et 12 mars 2024, Mme A B, représentée par le Me Thisse, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de modifier les mesures d'exécution de l'ordonnance n° 2317020 du 28 juillet 2023 en enjoignant au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir jusqu'à ce qu'il soit statué sur la décision au fond sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient qu'elle justifie d'un élément nouveau tiré du défaut d'exécution de l'ordonnance n° 2317020 du 28 juillet 2023.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions présentées à fin d'injonction dès lors qu'il a convoqué la requérante à un rendez-vous à 13 heures le jour même en vue du renouvellement de son autorisation provisoire et au rejet des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Ladreyt pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 mars 2024, en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Ladreyt ;
- les observations de Me Thisse qui informe le tribunal que, le matin même à 11 heures, la requérante a obtenu un rendez-vous à la préfecture devant avoir lieu à 14 heures en vue de la délivrance de l'autorisation de séjour sollicitée, mais que, compte-tenu de la brièveté de l'échéance, elle a dû demander un report du rendez-vous et qu'elle demeure sans réponse de la préfecture. Ainsi, elle conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante togolaise née le 6 avril 1999, a sollicité, le 21 novembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par une décision du 22 juin 2023, le préfet de police a rejeté sa demande. Par une ordonnance n°2317020 du 28 juillet 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétence ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. " Si l'inexécution totale ou partielle d'une décision rendue par une juridiction administrative est, en principe, régie par les procédures définies respectivement par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de telles procédures ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la partie intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure restée sans effet afin d'en assurer l'exécution.
4. Il ressort des pièces du dossier que le dernier récépissé délivré par le préfet de police à Mme B a expiré le 29 janvier 2024 et que, malgré ses tentatives d'obtention d'un nouveau titre provisoire, la préfecture de police n'a pas délivré le titre sollicité à l'intéressée. L'absence de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour est constitutive d'un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative. La circonstance que la requérante n'ait pas pu se rendre au rendez-vous finalement obtenu le jour même de l'audience de référé dans un délai de heures suivant la notification de la convocation est sans incidence sur l'inexécution de l'ordonnance de référé du 28 juillet 2023 dès lors que la brièveté de l'échéance ne permettait pas à la requérante de bénéficier effectivement du rendez-vous et que la préfecture n'a pas accueilli sa demande de reprogrammation.
5. Dans ces conditions, il y a lieu de compléter l'article 2 du dispositif de l'ordonnance n° 2317020/5 du 28 juillet 2023 afin d'enjoindre au préfet de police de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Thisse, avocate de Mme B, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : En sus de l'injonction figurant à l'article 2 du dispositif de l'ordonnance n° 2317020/5 rendue le 28 juillet 2023, il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thisse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Thisse la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Cette somme sera versée directement à Mme B en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Thisse et au préfet de police.
Fait à Paris, le 27 mars 2024.
Le juge des référés
J-P. LADREYT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.