vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405530 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrée le 8 mars 2024 et le 11 avril 2024, M. Yazid Ben Said, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 29 février 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux et les dispositions de l'article 5 de la directive 2008/115/CE ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
Sur la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un délai de vingt-quatre mois :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de police a présenté des pièces enregistrées le 18 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative
Le président du Tribunal a désigné M. Lautard-Mattioli en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- les observations de Me Legrand, avocate commise d'office représentant M. Ben Said, qui fait notamment valoir que ce dernier est présent en France depuis l'année 2002 et qu'il a droit à un titre de séjour parent d'enfant français de plein droit dès lors qu'il entretient des relations avec son enfant mineur de 15 ans, confié à l'aide sociale à l'enfance et à qui il rend visite, sur le fondement d'un décision de l'autorité judiciaire qu'il a versé aux débats, que son éloignement contrevient ainsi à l'intérêt supérieur de cet enfant et, qu'en outre, il a été condamné uniquement pour des délits mineurs, que sa présence sur le territoire ne constitue ainsi pas une menace à l'ordre public alors que par ailleurs il a entamé un parcours de réinsertion et, qu'enfin, compte tenu de la relation avec son enfant, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire française est disproportionnée
- et les observations orales de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés et notamment qu'il a été condamné par les juridictions pénales à quinze reprises depuis 2011 et, en dernier lieu, pour des faits de vols en réunion le 19 janvier 2024 et qu'il vient de purger une peine de quatre mois de prison à l'issue de laquelle il a été placé en centre de rétention administrative, qu'en outre, il a fait l'objet de trente signalisations au fichier " traitement des antécédents judiciaires ", principalement pour des faits de vols et d'infractions à la législation des stupéfiants depuis l'année 2009, que sa présence sur le territoire français constitue bien une menace caractérisée à l'ordre public et que la circonstance qu'il soit le père d'un enfant français de quinze ans, compte de l'âge de ce mineur, de son placement à l'ASE et du fait que l'autorité judiciaire lui a uniquement accordé un droit de visite médiatisé, n'est pas de nature à caractériser une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ou à l'intérêt de l'enfant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. Yazid Ben Said, ressortissant tunisien, né le 7 février 1978, demande l'annulation des arrêtés du 29 février 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à M. D E, adjoint au chef de la division des examens administratifs et des expulsions, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, et sans qu'il soit besoin pour le préfet de produire son arrêté ainsi que le justificatif de sa publication, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
3. En deuxième, les décisions attaquées mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Alors que le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. Ben Said dont il entendait se prévaloir, elles permettent au requérant de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. Ben Said, dont la situation personnelle et familiale et notamment la circonstance qu'il est divorcé et père d'un enfant français sont mentionnés dans les décisions attaquées.
Sur l'obligation de quitter le territoire français
5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Si M. Ben Said fait valoir être présent en France depuis l'année 2002 et justifie être le père d'un enfant français âgé de quinze ans confié à l'aide sociale à l'enfance (ASE) et pour lequel l'autorité judiciaire lui a accordé un droit de visite en vertu d'un jugement du tribunal pour enfants près le tribunal judiciaire d'Angers du 28 septembre 2022, droit dont les services de l'ASE du département de la Sarthe justifie de la réalité. Toutefois, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'enfant a été confié à l'ASE dès 2017 en raison de l'indisponibilité de M. Ben Said, qui, comme l'a relevé le juge des enfants, est régulièrement incarcéré, que le droit de visite dont bénéficie M. Ben Said est totalement médiatisé en un lieu neutre une fois par mois, que si les visites du père sont positives et chaleureuses, le juge des enfants a relevé que M. Ben Said est " très souvent en retard ", " a pu en manquer quelques une " et qu'une " odeur d'alcool a pu parfois être perçue ". D'autre part, le bulletin numéro 2 du casier judiciaire de M. Ben Said mentionne, au 1er août 2023, quatorze condamnations depuis l'année 2011, principalement pour des faits de vols et d'infraction à la législation et il ressort de la fiche pénale du requérant qu'il a été condamné à une quinzième reprise le 19 janvier 2024 à une peine d'emprisonnement pour des faits de vols en réunion commis en situation de récidive et qu'il a ensuite été placé en rétention administrative à sa levée d'écrou avant de faire l'objet des décisions attaquées. Enfin, M. Ben Said a été signalisé à trente reprises depuis l'année 2009 dans le traitement automatique dénommé " traitement des antécédents judiciaires ", là encore pour des faits de vols et d'infraction à la législation des stupéfiants. Dans ces conditions, compte tenu, d'une part, de la menace particulièrement caractérisée à l'ordre public constituée par la présence de M. Ben Said sur le territoire français et, d'autre part, de la nature et de l'intensité des liens que le requérant, qui ne fait valoir aucune autre intégration en France que son parcours de réinsertion, entretient, dans les circonstances particulières avec son enfant confié à l'ASE, dont il n'est ni allégué ni justifié qu'il ne pourrait pas, compte tenu de son âge, maintenir un lien avec un père résident en Tunisie, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ni à l'intérêt supérieur de l'enfant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite les moyens tirés de la violation des stipulation précitées doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. Ben Said ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; (). " et de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
9. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit précédemment, le comportement de M. Ben Said constitue une menace pour l'ordre public. En outre, il ne présente pas de document de voyage et n'établit d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces circonstances, le préfet a pu, sur les motifs figurant dans l'arrêté attaqué, regarder comme établi, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. Ben Said ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la fixant le pays de renvoi.
Sur la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un délai de vingt-quatre mois :
11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. Ben Said ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un délai de vingt-quatre mois.
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (). ".
13. Eu égard aux circonstances indiquées plus haut et notamment au point 6, M. Ben Said ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par suite, le préfet de police a pu, sans faire une inexacte application des dispositions précitées, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. Ben Said n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 29 février 2024. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. Ben Said est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Yazid Ben Said et au préfet de police.
Lu en audience publique le 19 avril 2024.
Le magistrat désigné,
B. Lautard-MattioliLa greffière,
D. Permalnaick
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2405530/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026