mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405535 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mars 2024, Mme C, représentée par Me Orhant, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de 'intégration (OFII) à Paris a implicitement refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif, à compter de sa demande de rétablissement, dans un délai de 3 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros, en application des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- il y a urgence, dès lors qu'elle ne dispose d'aucune ressource et n'est pas autorisée à travailler et que son état de santé est particulièrement fragile.
Sur le doute sérieux :
- la décision attaquée est entachée de vices de procédure, tirés de l'absence d'un entretien préalable portant sur sa vulnérabilité et de la méconnaissance des droits de la défense au regard de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (ceseda) ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du ceseda, dès lors qu'elle en peut être regardée comme étant en situation de fuite ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée sous le numéro 2405536 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Vidal, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " L'article L. 522-3 de code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision. ( ) ". Aux termes de l'article R. 421-2 dudit code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet (..), la date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ". Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux (..) ".
4. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 10 avril 2003, a sollicité l'asile en France le 1er septembre 2022 et a été placée en procédure dite " Dublin ". Le 10 novembre 2023 sa nouvelle demande d'asile a été enregistrée en procédure normale et l'intéressée a été mise en possession d'une attestation de demande d'asile, valable jusqu'au 20 décembre 2023. Par un courriel du 10 novembre 2023, elle a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII. Par la présente requête elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article. L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle l'administration aurait implicitement rejeté cette demande.
5. Pour justifier l'urgence, Mme A soutient qu'elle est sans ressource et qu'elle a un état de santé particulièrement fragile et produit en ce sens un certificat médical en date du 12 décembre 2022 d'un médecin généraliste de l'association Parcours d'exil à Paris (75010). Enfin, elle produit la copie du courriel tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, qu'elle aurait adressé à l'OFII le 10 novembre 2023, et soutient qu'une décision implicite de refus serait née du silence gardé à son encontre par l'administration pendant deux mois.
6. Toutefois, la requérante n'apporte pas la preuve que le courriel adressé à l'OFII le
10 novembre 2023 aurait été bien reçu par l'administration, à défaut de produire un accusé de réception du message par son destinataire. Ainsi, elle ne peut se prévaloir de l'existence d'une décision implicite de refus qui serait née à son encontre le 10 janvier 2024. Et, à supposer l'existence de la décision attaquée puisse être regardée comme établie, Mme A n'établit ni n'allègue davantage avoir formé auprès du directeur général de l'OFII un recours administratif préalable obligatoire, avant de saisir le tribunal de céans d'une demande d'annulation contre la décision attaquée. Dans ces conditions, la requête en annulation dirigée contre la décision contestée est manifestement irrecevable. Par voie de conséquence, la requête tendant à la suspension de l'exécution de cette décision est également irrecevable.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A qui est entachée d'une irrecevabilité manifeste, doit, en toutes ses conclusions, être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et à Me Orhant.
Fait à Paris, le 12 mars 2024.
La juge des référés,
S. VIDAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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