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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2405649

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2405649

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2405649
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantAHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2024, M. A, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lever son inscription du fichier d'inadmissibilité du système d'information Schengen et de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision d'éloignement et est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, déclare n'avoir aucune observation à formuler sur l'affaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simonnot,

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant Pakistanais né le 1er janvier 1992 et entré en France en 2019 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 décembre 2019, confirmée par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 30 juin 2020 et le 3 septembre 2020 et que sa demande de réexamen a été déclaré irrecevable par une décision de l'OFPRA du 31 août 2022. Par un arrêté du 8 mars 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union Européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer de la requête renvoyée par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise :

2. La requête de M. A enregistrée le 10 mars 2024 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, renvoyée par ordonnance du président du tribunal le 12 mars 2024, présente à juger des conclusions à fin d'annulation identique à celle de la présente requête n° 2405649 et ne comporte aucun moyen différent de ceux soulevés dans la requête transmise par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et enregistrée sous le même numéro.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 2023-078 du 4 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 19 décembre 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. M. A ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la mesure d'éloignement du territoire français, des dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : fixant le pays de renvoi :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose en outre que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article

L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'interdiction de retour prononcée par le préfet des Hauts-de-Seine vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. A ne peut se prévaloir de liens suffisamment forts avec la France, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 7 décembre 2022 et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. En outre, l'arrêté indique que l'interdiction de retour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, l'interdiction de retour pour une durée de deux ans, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée au regard des critères posés par les dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que cette décision n'est pas privée de base légale. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. Au vu des éléments propres à la situation personnelle de M. A, qui ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale en France et de ce que ce dernier ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans porter une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à deux ans.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. A transmise par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et enregistrée dans la présente instance.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Hauts-de-Seine.

Le magistrat désigné,

J.-F. SIMONNOT

La greffière,

L. CLOMBE Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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