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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2405764

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2405764

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2405764
TypeDécision
Avocat requérantLEFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, M. A B représenté par Me Lefort, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de le lui délivrer une carte de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection internationale dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction valant droit au séjour dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de Me Lefort au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce conseil renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à son bénéfice au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa situation revêt un caractère d'urgence car il se trouve d'une part dans une grande précarité administrative dès lors qu'il court un risque d'interpellation du fait de l'irrégularité de son séjour, ne peut déposer sa demande de carte de résident, étant par conséquent privé de la possibilité d'obtenir une attestation de prolongation d'instruction valant titre de séjour, et d'autre part dans une grande précarité matérielle puisqu'il ne peut bénéficier d'une autorisation de travail, ne perçoit aucun revenu et dépend de l'aide de compatriote et d'associations caritatives pour ses besoins primaires et d'un particulier pour son hébergement ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction car celle-ci méconnait les dispositions des articles L. 424-1, R. 424-1 et R. 431-15-1 du code de l'accès et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet de police conclut à titre principal au rejet des conclusions de la requête aux fins de suspension et d'injonction et à titre subsidiaire au non-lieu à statuer sur celles-ci, et au rejet de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie ou que sa demande principale a perdu son objet dès lors qu'il a convoqué le requérant en préfecture le 19 mars 2024 pour le 21 mars 2024 en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et que ce dernier a honoré son rendez-vous et s'est vu délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 20 septembre 2024 dans le cadre de l'instruction en cours de sa demande de titre de séjour en qualité de réfugié.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête, enregistrée le 11 mars 2024 sous le n° 2405751, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.

L'affaire, initialement appelée à une audience du 28 mars 2024, a été radiée du rôle.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe né le 3 juin 1973 et entré en France le 23 mars 2022, a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, valable jusqu'au 30 avril 2022. La qualité de réfugié lui a été reconnue par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 octobre 2023. M. B tente depuis cette date de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France mais ne peut y procéder en raison d'un incident informatique l'empêchant d'accéder à son compte. Malgré ses démarches auprès de la préfecture, le problème informatique a persisté, l'empêchant de procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour. M. B estimant que l'inaction du préfet de police a fait naître une décision implicite de refus de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. Il résulte de l'instruction que le 19 mars 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de police a convoqué M. B le 21 mars 2024, à 13 heures, au centre de réception des étrangers, afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de premier titre de séjour de dix ans, et que l'intéressé a été effectivement reçu et s'est vu remettre à cette occasion un récépissé l'autorisant à travailler valable jusqu'au 20 septembre 2024. Par suite, les conclusions de sa requête aux fins de suspension de l'exécution d'une décision implicite de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction, ainsi que celles aux fins d'injonction et d'astreinte, sont devenues, en tout état de cause, sans objet et il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au bénéfice de Me Lefort en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Lefort renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou au bénéfice de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où ce dernier ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Lefort en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou au bénéfice de M. B dans le cas auquel celui-ci ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Lefort et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Paris, le 27 mars 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3

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