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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2405875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2405875

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2405875
TypeDécision
Avocat requérantCABINET MATUCHANSKY, POUPOT, VALDELIEVRE, RAMEIX (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Union sportive d'Avranches Mont-Saint-Michel, représentée par la SCPA Bertrand, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 10 janvier 2024 par laquelle la commission supérieure d'appel de la Fédération française de football (FFF) a confirmé la décision de la commission fédérale des règlement et contentieux de la FFF du 12 décembre 2023 donnant match à rejouer, sans la participation du joueur M. C B, entre son club et le club FC Villefranche Beaujolais dans le cadre du championnat de National 1 ;

2°) d'enjoindre à la FFF de prendre ou de faire prendre toutes dispositions pour prononcer à titre provisoire la sanction réglementairement prévue à l'article 187.2 des règlements généraux de la FFF, à savoir prononcer le match perdu par pénalité avec toutes conséquences de droit, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la FFF une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation sportive puisque la rencontre avec le FC Villefranche Beaujolais est reprogrammée au 26 mars 2024 et que son club aura trois matchs de championnat à jouer entre le 22 et le 29 mars 2024, ce qui risque de nuire gravement à la santé physique des joueurs ;

- elle est également remplie dès lors que son club se trouve en concurrence directe avec le FC Villefranche Beaujolais avec seulement trois points de retard, ce qui fait que la décision peut s'avérer déterminante pour la suite de la saison sportive en championnat de National 1 ;

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un vice de procédure à raison de la méconnaissance du respect des droits de la défense résultant des articles L. 122-2 et L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration, du principe du contradictoire, du principe de l'égalité des armes, et du droit au procès équitable protégé par l'articles 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans la mesure où en dépit de sa demande par courrier électronique, aucun élément du dossier ne lui a été communiqué préalablement à l'audience devant la commission supérieure d'appel sans que la consultation rapide des éléments du dossier avant ne permette de créer des conditions satisfaisantes de défense et que les éléments relatifs à l'erreur commise par la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de Football (LAURA) n'ont pas été transmis ;

- elle crée une situation de rupture d'équité sportive puisqu'elle ouvre la possibilité au club qui a commis une infraction reconnue de se retrouver dans une situation plus favorable qu'antérieurement, en gagnant plus de points ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que la décision de match à rejouer ne figure pas parmi la liste des sanctions possibles prévues par les articles 187.2 et 200 des règlements généraux de la FFF ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'en vertu de l'article 187.2, la commission supérieure d'appel était tenue de lui donner match perdu par pénalité sans qu'ait d'incidence l'existence ou non d'une faute du club ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas démontré l'absence de responsabilité du " club concerné ", le FC Villefranche Beaujolais, ou le fait que l'infraction résulte de la seule erreur administrative commise par LAURA alors qu'il appartient au club de démonter qu'il a entrepris toutes les diligences nécessaires pour permettre à son joueur, M. A D, de participer régulièrement au National 1 ;

- elle est entachée d'erreur de droit en se fondant sur l'article 158 des règlements généraux dès lors que ce dernier ne vise que la responsabilité du joueur, laquelle n'est pas recherchée et qu'à l'inverse cet article ne signifie pas qu'aucune restriction de compétition ne s'applique au joueur en l'absence d'un cachet apposé en ce sens sur la licence amateur, l'infraction en cause commise par le FC Villefranche Beaujolais tenant à la " qualification " de son joueur pour le National 1 ;

En ce qui concerne l'injonction demandée :

- seule l'application provisoire de la sanction prévue à l'article 187.2 des règlements généraux de la FFF est de nature à rétablir l'équité sportive.

Par un mémoire en observations, enregistré le 19 mars 2024, la SAS FC Villefranche Beaujolais, représentée par la SELARL Martin et associés, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où la décision serait suspendue, d'enjoindre à la FFF d'homologuer le résultat du match qui s'est déroulé le 1er décembre 2023 entre l'US Avranches Mont-Saint-Michel et le FC Villefranche Beaujolais ;

3°) à la mise à la charge de la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint-Michel d'une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la situation d'urgence dont la société requérante se prévaut résulte d'une situation qui lui est imputable en l'absence de réserves avant le match, et que la décision ne lui préjudicie pas de manière suffisamment grave et immédiate ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ;

- l'injonction sollicitée ne peut être régulièrement ordonnée dès lors, d'une part, que les conditions pour procéder par évocation en application de l'article 187.2 ne sont pas remplies puisque n'est pas en cause " l'acquisition d'un droit indu, par une infraction répétée aux règlements

" et, d'autre part, qu'en tout état de cause, la licence délivrée à son joueur est créatrice de droits et ne pouvait plus être retirée passé le délai de quatre mois, soit après 11 novembre 2023, en vertu de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, ce qui l'autorisait à jouer en National 1 lors du match du 1er décembre 2023 notamment.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, la FFF, représentée par la SARL Matuchansky, Poupot, Valdelièvre, Rameix conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la mise à la charge de la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint-Michel la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête au fond est irrecevable dès lors que la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint-Michel n'a pas d'intérêt à agir contre une décision donnant à rejouer un match plutôt qu'à prononcer le match perdu par pénalité, seul le résultat de ce match, s'il lui est défavorable, pouvant être contesté en invoquant le cas échéant l'illégalité de cette décision par la voie de l'exception ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 février 2024 sous le n° 2402973 par laquelle la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint-Michel demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du sport ;

- les règlements généraux de la Fédération française de football ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Delesalle ;

- les observations de la SCPA Bertrand, représentant la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint-Michel, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, en rappelant notamment que la commission supérieure d'appel avait compétence liée pour prononcer match perdu par pénalité en application de l'article 187.2 des règlements généraux de la FFF, soutient que sa requête est recevable dès lors qu'il a intérêt à agir contre une décision qui l'affecte directement en l'obligeant à rejouer un match alors que son club n'a commis aucune faute et qui peut ainsi faire l'objet d'un recours au sein des instances fédérales, et précise que l'urgence est établie dès lors que le match à rejouer est programmé pour le 26 mars et présente un enjeu réel pour son classement sans qu'ait d'incidence le fait qu'elle n'ait pas émis de réserves avant le match, ce qu'elle ne pouvait d'ailleurs pas faire dès lors qu'elle ignorait la situation irrégulière de M. A D, que le FC Villefranche Beaujolais n'a jamais contesté l'infraction commise au regard de l'article 3.1 du statut du joueur fédéral, qu'aucun caractère fautif n'a à être recherché pour l'application de l'article 187.2 dès lors que la mention du " club fautif " ne concerne que le " droit d'évocation " c'est-à-dire les frais de dossier, et que sinon cet article se réfère au " club concerné " en ce qui concerne la sanction, et en tout état de cause le FC Villefranche Beaujolais est fautif, ce qui s'apprécie objectivement indépendamment d'un élément intentionnel, et la seule absence de cachet sur la licence de son joueur ne saurait l'exonérer ;

- les observations de Me Poupot, représentant la FFF, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire par les mêmes moyens et précise que l'intérêt à agir est apprécié différemment devant les instances fédérales et devant le tribunal administratif, que la sanction consistant à faire rejouer un match en raison de la participation irrégulière d'un joueur est destinée à rétablir l'équité sportive et non pas à sanctionner une faute, et cela est admis en jurisprudence quand bien même cela n'est prévu par les textes au regard notamment des exigences de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que les instances ne sont pas en situation de compétence liée pour appliquer l'article 187.2, que seule la LAURA est responsable de la participation du joueur en s'abstenant de mettre sur sa licence un cachet l'excluant de matchs de National 1 même si le club a de son côté été négligent, et ce dernier a conclu un contrat fédéral régularisant la situation dès qu'il a eu connaissance de ce fait ;

- les observations de la SELARL Martin et associés, représentant la SAS FC Villefranche Beaujolais, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire par les mêmes moyens et précise que le match à rejouer n'occasionnera aucun frais à la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint- Michel dès lors qu'il se jouera à domicile comme le premier, que le club n'avait pas connaissance de l'irrégularité de la situation de son joueur dès lors que ce dernier avait auparavant été reclassé amateur au bénéfice de la dérogation prévue par l'article 3.2. du statut du joueur fédéral et dès qu'il l'a connue il lui a fait signer un contrat fédéral.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience. Considérant ce qui suit :

1. Le 1er décembre 2023 s'est tenue la rencontre sportive opposant l'US Avranches Mont-Saint-Michel au FC Villefranche Beaujolais au titre de la quinzième journée du Championnat national 1 de football. Par un courriel transmis le 6 décembre 2023, l'US Avranches Mont-Saint-Michel a formulé une demande d'évocation de cette rencontre au motif que M. A D, joueur du FC Villefranche Beaujolais, disposait d'une licence de joueur amateur sans contrat fédéral et n'était donc pas qualifié pour jouer cette rencontre. Par une décision du 12 décembre 2023, la commission fédérale des règlements

contentieux (CFRC) de la Fédération française de football (FFF) a donné la rencontre à rejouer, sans la participation de ce joueur. Par une décision du 10 janvier 2024, la commission supérieure d'appel (CSA) a confirmé la décision de la CFRC. Le 1er février 2024, l'US Avranches Mont-Saint-Michel a saisi le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) aux fins de mise en œuvre de la procédure préalable de conciliation. Le 5 mars 2024, le conciliateur désigné a proposé à la FFFF de rapporter sa décision, ce qu'elle a refusé le 8 mars 2024. Par la présente requête, la SAS Union sportive Avranches Mont-Saint-Michel demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 10 janvier 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens visés ci-dessus, soulevés par la SAS Union sportive d'Avranches Mont-Saint-Michel, n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de sa requête aux fins de suspension et d'injonction présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la FFF, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par la SAS Union sportive d'Avranches Mont-Saint- Michel et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Union sportive d'Avranches Mont-Saint-Michel le versement d'une somme au bénéfice de la FFF et de la SAS FC Villefranche Beaujolais en application de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SAS Union sportive d'Avranches Mont-Saint-Michel est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Fédération française de football et par la SAS FC Villefranche Beaujolais sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Union sportive d'Avranches Mont-Saint- Michel, à la SAS FC Villefranche Beaujolais et à la Fédération française de football.

Fait à Paris, le 22 mars 2024.

Le juge des référés, signé

H. Delesalle

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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