lundi 25 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406041 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, deux mémoires de production enregistrés les 22 mars et 5 avril 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. A B et Mme D de l'hébergement qu'ils occupent sans droit ni titre au 15 rue Pauline Kergomard au sein du centre d'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) " l'Esquisse ", géré par l'association CASP ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA " l'Esquisse ", géré par l'association CASP, afin de débarrasser des lieux les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A B et Mme D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaitre de la requête ;
- il s'oppose à une médiation judiciaire ;
- le préfet est compétent pour demander en justice, en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à ce qu'il soit enjoint à M. A B et Mme D de quitter le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure, posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, sont remplies dès lors que les places dans ce centre d'hébergement d'urgence doivent servir à l'accueil de nouveaux réfugiés et que M. A B et Mme D, qui ont été admis au statut de réfugiés avec leurs trois enfants, s'y maintiennent sans droit ni titre ;
- sa demande ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse, M. A B et Mme D n'ont pas contesté la décision du directeur de l'OFII du 10 février 2022 leur notifiant la fin de leur hébergement, ni l'exclusion définitive prononcée à leur encontre le 5 septembre 2023 par le gestionnaire du centre d'hébergement en raison de leur méconnaissance du règlement intérieur et de leur refus d'une proposition d'hébergement.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024 et deux mémoires de production enregistrés le 18 novembre 2024, Mme D, représentée par Me Riou, demande au tribunal :
1°) de prononcer avant-dire-droit une mesure de médiation judiciaire,
2°) de rejeter la requête ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros à verser à Me Riou au titre des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- Les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies dès lors que le préfet n'en justifie que par la production du taux d'occupation de 2022 et surtout en raison des circonstances exceptionnelles tenant à la composition de sa famille, au risque de déscolarisation de ses enfants et au handicap de son fils ;
- La mesure fait l'objet d'une contestation sérieuse pour les mêmes motifs, et parce qu'elle a été reconnue prioritaire pour un logement social et que le tribunal de céans a enjoint au préfet de la reloger sans délai.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Séval pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, M. Séval a lu son rapport et entendu les observations de Me Riou représentant Mme D, présente, ainsi que son époux M. A B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, ayant refusé l'engagement d'une médiation judiciaire, il résulte des termes de l'article L. 213-7 du code de justice administrative, que les conclusions présentées en ce sens par Mme C, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public.
3. Il résulte de l'instruction que M. A B et Mme D et leurs trois enfants ont été hébergés au sein du centre d'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile (HUDA) " L'Esquisse ", situé au 15 rue Pauline Kergomard dans le 20ème arrondissement de Paris, à compter du 1er avril 2019, alors qu'ils y avaient été enregistrés en qualité de demandeur d'asile. Par une décision du 9 novembre 2021 une protection internationale leur a été accordée. Au vu de cette décision, le directeur territorial de Paris de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a adressé un courrier le 10 février 2022, les informant qu'ils étaient autorisés à se maintenir dans les lieux jusqu'à la date du 31 mai 2022. Dès lors qu'ils occupent toujours les lieux, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A B et Mme D et leurs trois enfants du logement qu'ils occupent sans droit ni titre depuis le 1er juin 2022 et alors qu'ils ont gravement contrevenus à plusieurs reprises au règlement de fonctionnement de l'HUDA et au contrat de séjour qu'ils ont signé à leur arrivée le 1er avril 2019.
4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Aux termes de L. 551-12 du même code : " Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes enfin, de l'article R. 552-13 de ce code : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaitre la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu qui prend toutes mesures utiles pour lui faciliter l'accès à ses droits, au service intégré d'accueil et d'orientation, ainsi qu'à une offre d'hébergement ou de logement adaptée ; cette période peut être prolongée pour une durée maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office () ".
5. Comme cela a été évoqué au point 3, M. A B et Mme D auxquels une protection internationale a été accordée par une décision définitive du 9 novembre 2021 et, qui ont été autorisés à se maintenir dans les lieux jusqu'au 31 mai 2022, n'ont pas respecté les termes du contrat de la structure d'accueil de l'HUDA en refusant sans motif sérieux une proposition de logement, en changeant les serrures de leur logement pour lequel ils refusent désormais de s'acquitter de leur participation financière et en s'appropriant des locaux qui ne leur étaient pas destinés entrainant le dépôt d'une plainte par la responsable du centre d'hébergement, avec laquelle M. A B et Mme D n'ont plus souhaité entretenir de relations. Malgré la notification le 5 septembre 2023 d'une décision de fin de prise en charge, M. A B et Mme D s'étant maintenus dans le logement, ils ont été mis en demeure par le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris par un courrier du 5 janvier 2024, de libérer les lieux. Nonobstant cette mise en demeure, M. A B et Mme D n'ont entrepris aucune démarche en vue de libérer le logement qu'ils occupent irrégulièrement depuis le 1er juin 2022. Dans ces conditions, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, est fondé à demander que soit ordonnée l'expulsion de M. A B et Mme D et de leurs enfants des locaux qu'ils occupent ainsi sans droit ni titre depuis plus de deux ans. Compte tenu des graves et fréquents manquements sus-rappelés au règlement de fonctionnement de l'HUDA et au contrat de séjour, il y a lieu de considérer que la demande du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse, la circonstance que le préfet n'a pu encore faire droit à leur demande de logement social étant sans incidence sur la demande d'expulsion objet de la présente requête. En outre, pour les motifs évoqués dans la requête et, en particulier comme le fait valoir sans être contesté le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, le département de Paris ne disposant au jour de la requête que de 1 387 places en centres d'hébergement pour demandeur d'asile avec un taux d'occupation de ces centres de 98 % obéré par une présence indue de 17%, cette mesure présente un caractère utile et urgent, sans, que dans les circonstances particulières de l'espèce, puisse y faire obstacle la présence de trois enfants mineurs ou le handicap du fils ainé.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme D et à M. A B et leurs enfants de libérer, dans un délai de 45 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sans droit ni titre au sein de l'HUDA " l'Esquisse ".
7. En revanche il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA " l'Esquisse " afin de débarrasser les meubles de M. A B et Mme D se trouvant dans le logement occupé irrégulièrement. Il n'entre pas davantage dans cet office d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à demander le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance. Les conclusions présentées à cette fin sont, par suite, irrecevables. Il appartiendra, s'il y a lieu, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de demander directement le concours de la force publique à l'autorité de police compétente à Paris.
8. Enfin, les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C au titre des frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme D, M. A B et leurs trois enfants de libérer le logement qu'ils occupent au sein de l'HUDA " l'Esquisse ", dans un délai de 45 jours à compter de la notification de la présente ordonnance,
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de Mme C au titre des frais d'instance sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, à Me Riou et au ministre de l'intérieur.
Copie sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et à M. A B.
Fait à Paris, le 25 novembre 2024.
Le juge des référés,
J.P. Séval
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