lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406049 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 et le 17 mars 2024, M. A B, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, représenté par Me Hamdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés en date du 12 mars 2024, par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.
2°) de fixer l'Italie comme pays de destination.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une incompétence de leur auteur ;
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
-la décision est entachée d'une erreur manifeste de droit ;
- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;
-la décision est entachée d'une violation de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
-la décision est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où il aurait dû faire l'objet d'une réadmission en Italie, pays où il réside ;
- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur de droit car il est titulaire d'un titre de séjour en Italie valable jusqu'au mois de décembre 2030.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article
R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier ;
- les observations de Me Hamdi, représentant M. B, assisté d'un interprète de confort en langue arabe
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1.M. A B, ressortissant tunisien né le 23 avril 1991, titulaire d'une carte de séjour italienne valable jusqu'au 22 décembre 2030, demande au tribunal d'annuler les décisions du 12 mars 2024, par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers, en cas d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'aient été empêchées ou absentes. Le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachée la décision attaquée doit par suite être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ( ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. L'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, tirées notamment de la circonstance que l'intéressé a, le 11 mars 2024, été signalé par les services de police pour voyeurisme, enregistrement d'image à l'insu d'une personne et sans son consentement pour apercevoir ses parties intimes sur une personne mineure, ne justifie pas d'une résidence stable, se déclare célibataire sans enfant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
5. En troisième lieu, si le requérant produit un titre de séjour italien valable jusqu'au mois de décembre 2030, en tout état de cause, au regard des faits graves pour lesquels il a été signalé tel que mentionnés au point 4, sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. L'arrêté du préfet de police prévoit que l'intéressé est renvoyé dans le pays où il est légalement admissible, en l'espèce l'Italie. La circonstance que le préfet de police a mentionné, dans la décision querellée, que M. B était entré irrégulièrement sur le territoire français est en tout état de cause sans influence sur la légalité de la décision au regard de ces faits qui constituent une menace pour l'ordre public lui interdisant de rester sur le territoire français. Dès lors et en tout état de cause, le moyen tiré de l'erreur de droit de cette décision doit être écarté.
6. En dernier lieu, la circonstance que l'intéressé est entré en France récemment pour rendre visite à ses deux frères qui sont français et que les nièces et neveux sont également français ne permet pas d'établir une vie privée et familiale en France alors que, de surcroît, il est titulaire d'un titre de séjour en Italie, pays où il réside et travaille et qu'il désire rejoindre le plus rapidement possible. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
7. Au regard des faits graves pour lesquels il a été signalé par les services de police et dont il ressort du procès-verbal de police qu'ils ne sont pas isolés, la décision lui refusant un délai de départ volontaire est justifiée alors que, de surcroit, il fait mention lui-même d'un billet de retour vers l'Italie le 23 mars 2024 montrant sa volonté de rentrer rapidement en Italie. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
8. M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sur le motif du danger qu'il représente pour l'ordre public. Cette procédure est complètement distincte de celle qui consiste à demander sa réadmission aux autorités italiennes pour les demandeurs d'asile. Le requérant n'est pas demandeur d'asile puisqu'il est déjà titulaire d'un titre de séjour italien, et, ainsi, le préfet de police ne pouvait prendre une mesure de réadmission vers l'Italie où, de toute façon, il dispose d'un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit de cette décision doit, dès lors, être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :
9. Au regard de l'ensemble de la situation de l'intéressé et de faits graves pour lesquels il a été signalé consistant à prendre des chiclés de personnes dans la rue à leur insu à des fins de voyeurisme sur les parties intimes, dont des mineures, ce que qu'il a reconnu lui-même, cette durée de vingt-quatre mois n'est pas disproportionnée. Les moyens tirés de l'erreur de droit, de méconnaissance des dispositions légales applicables et de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doivent, dès lors, être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Lu en audience publique le 25 mars 2024.
Le magistrat désigné,
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
D. PERMALNAICK
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026