vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406062 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SINGH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, Mme D A C, représentée par Me Singh, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus, par laquelle le préfet de police a refusé sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident, ou à défaut une autorisation de provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein et de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Singh au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 19991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est constituée, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer le titre sollicité, mais risque d'être éloignée à tout moment ;
- elle ne peut pas signer de contrat de travail, faute d'un récépissé l'autorisant à travailler, ni chercher un logement ;
- son contrat jeune majeur est arrivé à son terme le 23 janvier 2024, date de ses vingt-et-un ans, de sorte qu'elle n'est plus prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et sera sans hébergement et sans ressources à la fin de son contrat de travail actuel fin mars ;
Sur le doute sérieux :
- elle est entachée d'incompétence ; elle n'est pas motivée ; elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 14 mars 2024 sous le numéro 2405457 par laquelle C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Louart, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu Me Singh, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A C, ressortissante congolaise née le 23 janvier 2003, est entré en France en 2012, à l'âge de neuf ans. Il a bénéficié d'un suivi éducatif par les services de l'aide sociale à l'enfance de Paris à compter du 5 décembre 2018 jusqu'à sa majorité, puis d'un contrat " jeune majeur " qui a pris fin le 23 janvier 2024. Le 22 mai 2023, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, rejetée par une décision implicite du préfet de police née le 22 septembre 2023. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions au fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce et ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme A C est entrée en France en 2012, à l'âge de neuf ans, a bénéficié d'un suivi éducatif par les services de l'aide sociale à l'enfance de Paris à compter du 5 décembre 2018 jusqu'à sa majorité, puis d'un contrat " jeune majeur " qui a pris fin le 23 janvier 2024, et démontre ne plus bénéficier de ressources à la fin de son contrat de travail le 30 mars 2024. Dans ces conditions et alors que l'aide juridictionnelle lui a été accordée le 18 janvier 2024, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Mme C réside régulièrement et habituellement en France depuis 2012. Elle est entrée en France en qualité de mineure non accompagnée. Ainsi, les moyens tirés de ce que le préfet de police, qui n'a pas produit à l'instance et qui a pris une décision implicite, n'a pas motivé sa décision et a méconnu les stipulations et dispositions des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'état de l'instruction, font naitre un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard aux motifs de suspension retenus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de carte de séjour de Mme C, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l'intervalle, sous 15 jours, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Singh, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Singh renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de délivrer une carte de séjour à Mme C, à la suite de sa demande formée le 22 mai 2023, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme C, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l'intervalle, sous 15 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, document qui devra être renouveler par le préfet de police tant que celui-ci n'aura pas définitivement statué sur sa demande.
Article 3 : L'Etat versera à Me Singh la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Singh et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 24 mars 2024.
Le juge des référés,
Nicolas B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.