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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406126

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406126

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406126
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) du Docteur B et M. C A, représentés par Me Harir, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 janvier 2024 par laquelle la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France a refusé de délivrer une autorisation de travail au bénéfice de M. A ;

2°) d'enjoindre à la DRIEETS d'Ile-de-France, à titre principal, de délivrer une autorisation de travail au bénéfice de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande d'autorisation de travail présentée au bénéfice de M. A dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le titulaire d'une carte de séjour portant la mention " stagiaire " peut solliciter un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour " salarié " ainsi que l'autorisation de travail requise ;

- elle méconnaît l'article R. 5221-20 du code du travail dès lors que M. A remplit les conditions prévues par cet article.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les intérêts des requérants ne sont pas prouvés ;

- la décision attaquée n'a pas été prise par la DRIEETS Ile-de-France mais par le préfet des Hauts-de-Seine par l'effet de la convention de délégation de gestion conclue entre le préfet de Paris et le préfet des Hauts-de-Seine qui a confié l'instruction de la demande à la plateforme de la main d'œuvre étrangère de Nanterre, dans le cadre du transfert de la compétence des anciennes directions régionales de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en matière de main d'œuvre étrangère au ministre de l'intérieur, à compter du 1er avril 2021 ;

- le moyen tiré de l'erreur de droit au motif que tout ressortissant titulaire d'un titre de séjour " stagiaire " pourrait solliciter un changement de statut vers " salarié " est inopérant dès lors qu'au soutien de sa demande d'autorisation de travail, l'employeur n'a pas mentionné un changement de statut mais a indiqué avoir embauché l'intéressé sur la base de son autorisation de séjour, qui ne l'autorisait pourtant pas à travailler ;

- le moyen tiré de la violation de l'article R. 5221-20 du code du travail est inopérant dès lors que cet article s'applique aux demandes de changement de statut pour les détenteurs des titres mentionnés à l'article R. 5221-3 du code du travail, parmi lesquels ne figure pas le titre " stagiaire " ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

16 septembre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2021-360 du 31 mars 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- et les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 4 juillet 1985, est titulaire des diplômes de doctorat en médecine et de spécialité médicale en traumatologie-orthopédie qui lui ont été délivrés dans son pays d'origine. Il est entré en France, le 24 novembre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " stagiaire " valable jusqu'au 17 octobre 2019. Il s'est ensuite vu délivrer des cartes de séjour temporaires portant la mention " stagiaire ", dont la validité de la dernière expirait le 26 avril 2023. Il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Le 13 novembre 2023, son employeur, la SELARL du Docteur B, a présenté une demande d'autorisation de travail à son bénéfice pour un emploi d'infirmier/aide opératoire. Par une décision du 16 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande. Par la présente requête, la SELARL du Docteur B et M. A demandent l'annulation de cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 426-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit en France un stage dans le cadre d'une convention de stage visée par l'autorité administrative compétente et qu'il dispose de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire ". () Par dérogation à l'article L. 414-10 cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle salariée () ". Aux termes de l'article R. 426-16 de ce code : " Pour l'obtention de la carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire " prévue à l'article L. 426-23, est considéré comme stagiaire l'étranger qui vient en France pour l'une des raisons suivantes : () 3° Effectuer un stage dans un établissement de santé public ou privé à but non lucratif en vue de bénéficier d'une formation complémentaire conduisant à la reconnaissance d'un niveau de qualification professionnelle, dans le cadre de la convention de coopération prévue à l'article R. 6134-2 du code de la santé publique ". Aux termes de l'article R. 426-18 du même code : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article R. 426-16, la durée initiale du stage ne peut pas excéder six mois. Le stage peut être prolongé pour une durée maximale de six mois. Le ressortissant étranger peut prétendre au bénéfice de plusieurs conventions de stage dont la durée totale ne peut excéder vingt-quatre mois ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article

L. 5221-2 ". Le 2° de l'article L. 5221-2 se réfère à " un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". En vertu de l'article R. 5221-1 de ce code : " I. Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse (). II. La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-15 : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 5221-14 du même code : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 ". Il résulte de ces dispositions que l'employeur peut solliciter une autorisation de travail, soit pour un étranger résidant hors de France, soit pour un étranger qui réside en France et qui est titulaire de l'un des titres de séjour mentionnés à l'article R. 5221-3 du code du travail. Le titre de séjour portant la mention " stagiaire " ne figure pas dans la liste des titres mentionnés à l'article R. 5221-3.

5. En premier lieu, la décision attaquée précise le salarié et l'emploi concernés par la demande d'autorisation de travail et indique qu'il ne peut être sollicité une demande d'autorisation de travail en qualité de " résidant en France " pour l'intéressé dès lors qu'il ne remplit pas l'une des conditions mentionnées à l'article R. 5221-14 du code du travail car le titre de séjour portant la mention " stagiaire " ne figure pas dans la liste des titres mentionnés à l'article R. 5221-3. Cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'administration a procédé à l'examen de la situation de M. A et de son employeur avant de refuser de délivrer l'autorisation de travail sollicitée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En dernier lieu, il est constant que M. A, qui est arrivé en France muni d'un visa long séjour portant la mention " stagiaire ", a été mis en possession de plusieurs titres de séjour temporaires en cette qualité. Il est également constant qu'il disposait, en dernier lieu, d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour portant la mention " n'autorise pas son titulaire à travailler ". Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a ni commis une erreur de droit ni méconnu les textes précités en retenant que la SELARL du Docteur B ne pouvait pas solliciter une autorisation de travail au bénéfice de M. A dans le cadre de son changement de statut dans la mesure où il résidait en France sans être titulaire de l'un des titres de séjour mentionnés à l'article R. 5221-3 du code du travail. Dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine pouvait rejeter la demande d'autorisation de travail pour ce seul motif, les requérants ne peuvent pas utilement soutenir que la demande remplissait les conditions prévues à l'article

R. 5221-20 du code du travail compte tenu de la nature de l'emploi concerné et du niveau de rémunération.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit, en tout état de cause, besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par l'administration, que la SELARL du Docteur B et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du

16 janvier 2024. Les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SELARL du Docteur B et de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL du Docteur B, à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

M. SALZMANNLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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