vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406220 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2024, M. B A, représenté par Me Hug, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 18 février 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir dans les conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII le rétablissement du versement de l'allocation de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle, ou de lui verser la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est constituée dès lors qu'il n'a aucune ressource pour se nourrir et se vêtir, qu'il vit à la rue alors qu'il est particulièrement vulnérable du fait de troubles psychologiques, et qu'il ne peut pas travailler.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la privation d'une garantie en l'absence d'entretien visant à évaluer sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation de particulière vulnérabilité en ce qu'il appartient à l'OFII, lorsqu'il refuse le rétablissement dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, d'établir les manquements commis par le requérant. En outre, elle a méconnu les termes de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en imposant au requérant un traitement humiliant et dégradant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII ne pouvait pas se fonder uniquement sur sa non-présentation aux autorités lors de la procédure Dublin, sans méconnaître les objectifs de la même directive.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, l'OFII, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que M. A a contribué à créer cette situation, et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête n° 2406221 enregistrée le 17 mars 2024, par laquelle M. A, demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 22 mars 2024 en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience, M. Rohmer a lu son rapport. Aucune partie n'était présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1984, a présenté une première demande d'asile à la préfecture du Nord le 7 octobre 2022, à la suite de laquelle il a été placé en procédure accélérée dite " Dublin ". N'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, l'OFII lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil par une décision du 20 mars 2023. Le 24 mars 2023, l'intéressé a déposé une seconde demande d'asile auprès de la préfecture de police, à la suite de laquelle il a de nouveau été placé en procédure accélérée. Après un entretien de vulnérabilité, l'OFII a décidé de ne pas le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 26 avril 2023, le préfet de police a décidé la remise de l'intéressé aux autorités belges. Il est constant que M. A ne s'est pas présenté pour embarquer sur le vol vers la Belgique qui avait été réservé le 23 novembre 2023. Le 1er décembre 2023, la préfecture de police de Paris a requalifié la situation de M. A et l'a placé en procédure normale. Par un courrier réceptionné le 18 décembre 2022, l'intéressé a fait une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII. Le silence de deux mois gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de refus.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / (). ".
5. Pour justifier l'urgence qui s'attache à sa situation, M. A fait valoir qu'il vit à la rue, qu'il est sans ressource sur le territoire français et qu'il souffre de problèmes psychologiques. Toutefois, il ressort de pièces du dossier que l'intéressé a contribué à créer la situation d'urgence qu'il invoque, en ne respectant pas à plusieurs reprises les demandes des autorités chargées de l'asile de se présenter à elles pour la mise en œuvre de sa remise aux autorités belges. En outre, il n'établit pas suffisamment le caractère particulier de sa situation de vulnérabilité. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions citées au point 4 n'est pas remplie.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris, le 29 mars 2024.
Le juge des référés,
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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