mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406302 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET TROJMAN-MOTILA ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, Mme B, représentée par Me Motila, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un rendez-vous afin de pouvoir déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, avant l'expiration de son titre de séjour le
29 avril 2024, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son titre de séjour expire le 29 avril 2024, qu'elle sera exposée à une situation administrative illégale qui pourrait avoir des conséquences sur son emploi, et qu'il est porté atteinte à son droit à la vie privée et familiale et à son droit au travail ;
- la mesure est utile dès lors qu'elle constitue le seul moyen d'obtenir un rendez-vous afin de renouveler son titre de séjour ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne, née le 14 août 1975, a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien qui a expiré le 29 avril 2024. Elle demande au juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, avant l'expiration de son certificat de résidence algérien le 29 avril 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
4. Si, dans le cadre d'un " téléservice ", l'étranger, après avoir déposé son formulaire de demande et les pièces justificatives exigées, établit n'avoir pas été convoqué dans un délai raisonnable, en dépit de plusieurs relances auprès des services de la préfecture, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de l'absence de convocation sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'une urgence particulière.
5. Mme B soutient, sans être contestée par le préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'elle tente depuis le mois de janvier 2024 de prendre rendez-vous pour renouveler son titre de séjour. En outre, il résulte de l'instruction qu'elle a sollicité à plusieurs reprises, par courriels, en février et mars 2024, la préfecture de Paris et d'Ile-de-France qui a redirigé sa demande vers la préfecture de police, puis directement la préfecture de police, pour obtenir un rendez-vous afin de renouveler son titre de séjour, et qu'elle a tenté de prendre rendez-vous sur le site dédié de la préfecture de police les 7 et 12 mars 2024, puis au cours du mois d'avril 2024. Pour justifier de l'urgence de sa situation, la requérante fait valoir que la carence du préfet de police dans le traitement de sa demande de titre de séjour, l'empêche de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français depuis le 29 avril 2024 et qu'elle risque de perdre son emploi d'ingénieure distribution qu'elle occupe depuis 2011 chez Eau de Paris. Dans ces conditions, la mesure sollicitée par Mme B présente un caractère d'urgence et d'utilité. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le prononcé de cette mesure ferait obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander qu'il soit ordonné au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer une telle convocation à Mme B dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de délivrer un rendez-vous à Mme B afin d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'État versera une somme de 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 14 mai 2024.
La juge des référés,
A. Perrin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406302/9